Le 10 septembre 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a présenté en Conseil des ministres, aux côtés de David Amiel et d’Aurore Bergé, le projet de loi qui transpose la directive européenne sur la transparence des rémunérations, soit trois mois après l’échéance du 7 juin 2026. Ce retard installe une impression de répit dans beaucoup de directions des ressources humaines. Or la transparence salariale se prépare sur un calendrier que le texte ne fixe pas : celui du jour où un collaborateur posera la question à son manager, et celui du temps nécessaire pour que ce manager dispose d’une réponse défendable.

Ce second calendrier est déjà ouvert. En effet, l’Apec constatait que 3 entreprises sur 4 n’avaient pas encore commencé à se préparer à la directive, alors que 6 cadres sur 10 souhaitent davantage de transparence. Les chantiers à engager restent pourtant longs : restructuration de l’architecture salariale, construction d’un référentiel emplois, formation des managers et refonte de la communication interne.
Ce guide ouvre la série Glukoze consacrée à la transparence salariale, et la plupart de ses sections renvoient vers l’article d’approfondissement correspondant. La décision qui vous revient porte donc sur un point précis : la réponse que vos managers donneront le jour où la première demande arrivera sur leur bureau, et le temps dont vous disposez pour la rendre solide.
| Le calendrier affiché | Ce qu’il masque | Le calendrier utile |
|---|---|---|
| Une loi encore en discussionLa transparence salariale découle de la directive européenne sur la transparence des rémunérations, dont le projet de loi de transposition a été présenté après l’échéance fixée par l’Union. Les obligations nouvelles des entreprises privées entreront en vigueur de façon échelonnée selon leur effectif. | Des questions qui devancent le texteLes salariés interrogent leur manager dès que la réforme devient un sujet public. Un manager privé de critères écrits improvise alors une réponse, et cette improvisation fragilise l’employeur, qui portera la charge de la preuve en cas de litige. | Partir de la première conversationUne préparation efficace se planifie à rebours depuis la première demande d’un collaborateur : auditer les écarts, les corriger, doter les managers de critères explicables et communiquer en dernier. Cette séquence place le manager au centre du dispositif avant même l’entrée en vigueur de la loi. |
Ce que la directive 2023/970 impose aux employeurs
La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 impose aux employeurs européens d’informer les candidats sur la rémunération avant l’embauche, de rendre accessibles les critères de rémunération, de répondre aux demandes d’information des salariés et, au-delà d’un seuil d’effectif, de déclarer puis de corriger les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes.
Deux idées reçues à écarter avant de lire le texte
Avant d’entrer dans le détail, vous gagnerez à écarter deux idées reçues qui circulent dans les organisations françaises. La première veut que la directive oblige à publier le salaire de chaque collaborateur. Le texte crée pourtant un droit d’accès à des niveaux moyens, ventilés par sexe, et le Gouvernement précise que les salariés ne pourront pas accéder au salaire individuel de leurs collègues.
La seconde idée reçue réserve la réforme aux grandes entreprises. Or l’avis rendu par le Conseil d’État le 23 juillet 2026 relève que l’information des candidats et le droit à l’information des salariés s’appliquent à tous les employeurs, quel que soit leur effectif. Les seuils ne jouent que pour la déclaration des indicateurs d’écart, et c’est précisément sur ce point que la France va plus loin que le texte européen.
Ces deux corrections changent la façon dont vous présenterez la réforme en interne. Une PME qui se croit hors champ laisse ses managers sans réponse le jour où un salarié exerce son droit, et une grande entreprise qui laisse croire à une publication des fiches de paie déclenche des inquiétudes sans objet. Dans les deux cas, le premier message de votre direction fixe le cadre de toutes les conversations ultérieures.
Au recrutement et en interne, ce que vous devrez rendre visible
Concrètement, la directive modifie d’abord votre processus de recrutement. Son article 5 impose de communiquer au candidat la rémunération initiale ou la fourchette de rémunération initiale du poste avant l’embauche, et il interdit de l’interroger sur ses rémunérations passées. Vos recruteurs perdent donc un point d’appui de négociation qu’ils utilisaient souvent par habitude.
En interne, les obligations se répartissent de la manière suivante :
- les critères qui déterminent la rémunération, les niveaux et la progression doivent être accessibles à vos salariés, objectifs et non sexistes, les États membres pouvant dispenser les employeurs de moins de 50 salariés de la partie consacrée à la progression ;
- chaque salarié peut demander son niveau de rémunération et les niveaux moyens, ventilés par sexe, des salariés qui accomplissent le même travail ou un travail de même valeur, avec une réponse attendue dans un délai de deux mois au plus selon la directive ;
- les clauses contractuelles qui empêchent vos salariés de divulguer leur rémunération deviennent illicites, ce que le projet de loi français reprend expressément.
Ce droit à l’information porte sur des moyennes par catégorie de travailleurs. Vous devrez donc être capable de constituer ces catégories avant la première demande, faute de quoi la réponse sera impossible à produire dans le délai.
Reporting, évaluation conjointe et charge de la preuve
Au-delà de ces droits individuels, la directive organise un reporting collectif dont le rythme dépend de votre effectif. Le tableau ci-dessous reprend le calendrier de son article 9, dont la loi française fixera les modalités, avec quelques extensions.
| Effectif de l’employeur | Fréquence prévue par la directive | Première échéance européenne |
|---|---|---|
| 250 salariés et plus | Chaque année | 7 juin 2027 |
| 150 à 249 salariés | Tous les trois ans | 7 juin 2027 |
| 100 à 149 salariés | Tous les trois ans | 7 juin 2031 |
Lorsque ce reporting révèle, dans une catégorie de travailleurs, un écart de rémunération moyen d’au moins 5 % que vous ne justifiez pas par des critères objectifs et non sexistes, et que vous ne corrigez pas dans les six mois, une évaluation conjointe avec les représentants du personnel devient obligatoire. Cette procédure vous oblige à documenter les causes de l’écart et les mesures correctrices, catégorie par catégorie.
Enfin, la charge de la preuve bascule sur l’employeur. Dès qu’un salarié établit un manquement à vos obligations de transparence, il vous revient de démontrer que vos décisions reposent sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination fondée sur le sexe. Selon l’avis du Conseil d’État, le projet de loi français assortit ces obligations de pénalités pouvant atteindre 1 % de la masse salariale et d’une pénalité forfaitaire de 450 euros par manquement individuel, doublées en cas de récidive.
Où en est la loi française sur la transparence salariale
La France a manqué l’échéance de transposition du 7 juin 2026. Le projet de loi, transmis au Conseil d’État le 5 juin puis présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026, doit encore passer devant le Parlement, et ses obligations entreront en vigueur de façon échelonnée à partir de 2028 pour le secteur privé.
Ce que le projet de loi sur la transparence salariale ajoute à la directive
Par rapport au texte européen, le projet de loi retient d’abord un seuil plus bas : les obligations de déclaration s’appliqueront aux employeurs d’au moins 50 salariés, contre 100 dans la directive. Le Gouvernement justifie ce choix par le principe de non-régression, puisque l’actuel index de l’égalité professionnelle s’impose déjà à partir de ce seuil.
Ensuite, le texte remplace les indicateurs de l’index par sept indicateurs d’écart de rémunération. Six d’entre eux seront précalculés à partir de la déclaration sociale nominative dans le secteur privé, et le septième mesurera les écarts par catégorie de travailleurs, entre des salariés qui accomplissent un travail égal ou de valeur égale. Ce septième indicateur change la nature de l’exercice, car aucune donnée de paie ne dit à votre place quels postes ont la même valeur.
Le projet réunit par ailleurs trois mesures que vos équipes remarqueront en premier :
- l’interdiction des clauses qui empêchent un salarié de divulguer sa rémunération ;
- l’obligation d’informer chaque candidat sur la rémunération proposée ou sur une fourchette de rémunération ;
- un droit renforcé à l’information sur sa propre rémunération et sur la rémunération moyenne de sa catégorie.
Plusieurs modalités, comme le détail des sanctions ou la définition fine des éléments de rémunération, relèveront des textes d’application. Le Conseil d’État recommande d’ailleurs de rattacher expressément la notion de rémunération à l’article L. 3221-3 du Code du travail, pour éviter les lectures divergentes.
Un calendrier plus court qu’il n’y paraît
Pour le secteur privé, le Gouvernement annonce le maintien de l’index actuel en 2027 et l’application des nouveaux indicateurs à partir de 2028. L’avis du Conseil d’État détaille une entrée en vigueur différée selon l’effectif :
- un an après la promulgation de la loi pour les employeurs d’au moins 150 salariés ;
- trois ans pour les employeurs de 100 à 149 salariés ;
- six ans pour les employeurs de 50 à 99 salariés.
Le Conseil d’État juge d’ailleurs improbable le respect de l’échéance européenne du 7 juin 2027 pour les premières déclarations, et il anticipe un retard de transposition substantiel. Ce différé vous accorde pourtant moins de temps qu’il n’en a l’air. Un an entre la promulgation et la première déclaration suffit rarement pour construire un référentiel emplois, peser les postes et corriger les écarts révélés par cette pesée.
Pourquoi attendre le texte voté vous coûtera plus cher
Vous pourriez être tenté d’attendre la version votée pour lancer vos chantiers. Cependant, les fondamentaux ne bougeront plus beaucoup, car ils découlent directement de la directive : l’information des candidats, le droit à l’information, le seuil de 5 % et la charge de la preuve. Les débats parlementaires porteront surtout sur les seuils, les délais et le détail des sanctions.
Chez Glukoze, nous voyons le principal risque dans la compression des chantiers. Une organisation qui attend concentre ensuite l’audit, la pesée des postes et la formation des managers sur la même année budgétaire, alors que ces chantiers dépendent les uns des autres et gagnent à se succéder dans le bon ordre.
Pour situer votre propre avance, notre article sur le retard des entreprises françaises en matière de transparence salariale détaille les enquêtes disponibles. Selon le communiqué du cabinet HOW MUCH relayé par la presse professionnelle, seules 6,2 % des entreprises disposaient d’un projet de mise en conformité formalisé lors d’un sondage en ligne mené en novembre 2025 auprès de 5 529 entreprises.
Pourquoi la transparence salariale déplace le travail de vos managers
La transparence salariale fait de vos managers le premier interlocuteur des questions de rémunération. Ils devront expliquer un positionnement avec des critères écrits, alors que beaucoup géraient jusqu’ici une asymétrie d’information. Ce déplacement touche la culture de décision de votre organisation autant que ses processus de ressources humaines.
Ce que les écarts inexpliqués racontent de vos décisions passées
En effet, les données publiques montrent d’abord l’ampleur des écarts encore inexpliqués. Selon l’Insee, dans le secteur privé en 2024, le salaire moyen des femmes reste inférieur de 14,0 % à celui des hommes à temps de travail identique, et cet écart se réduit à 3,6 % pour un même emploi exercé dans le même établissement. À l’échelle de l’Union, Eurostat mesure un écart de rémunération horaire brute non ajusté de 11,1 % en 2024.
Ces 3,6 % pèsent plus lourd qu’il n’y paraît, puisqu’ils concernent des personnes qui occupent le même emploi au même endroit. Ils reflètent souvent une accumulation de décisions individuelles : une embauche négociée dans l’urgence, une augmentation accordée pour retenir un profil ou un rattrapage oublié après un congé. Aucune de ces décisions ne posait problème prise isolément, mais leur somme devient difficile à justifier devant un salarié qui compare sa situation à celle de ses collègues.
L’index actuel rend mal visible ce phénomène. Les entreprises qui l’ont déclaré en 2026 affichent une note moyenne de 89 sur 100 pour 30 774 déclarations. Or le septième indicateur du projet de loi comparera des catégories de travail de valeur égale, là où l’index raisonne par tranches d’âge et catégories de postes, si bien qu’une bonne note actuelle ne garantit pas un bon résultat sous le nouveau régime.
Le manager devient le premier guichet de la question salariale
Ensuite, la réforme change le point d’entrée des questions. Un salarié qui veut comprendre sa rémunération s’adressera rarement d’abord au service juridique : il interrogera son manager, pendant l’entretien annuel ou au détour d’une conversation. Votre manager devra alors situer une personne dans une fourchette, avec des critères qu’il n’a souvent jamais vus par écrit.
Les managers mesurent déjà ce risque. D’après l’Apec, 62 % d’entre eux redoutent des conflits dans leur équipe du fait de la transparence salariale. Cette crainte se comprend, parce qu’un manager sans critères partagés ne dispose que de deux options devant une question précise : se retrancher derrière une confidentialité qui disparaît, ou improviser une justification qui engage l’employeur.
C’est pourquoi la formation managériale fait partie du dispositif de conformité. Une politique salariale transparente déployée avec des managers non préparés produit des conversations difficiles, et chacune d’elles peut devenir une pièce dans un litige où la charge de la preuve pèse sur vous.
La conversation commence avant la loi
Enfin, vos collaborateurs n’attendront pas la promulgation pour poser leurs questions. L’Apec relève que 6 cadres sur 10 souhaitent plus de transparence, que seules 46 % des entreprises publient systématiquement le salaire dans leurs offres d’emploi et que 66 % ne donnent pas accès à des grilles salariales en interne. Autrement dit, la demande de transparence existe déjà dans vos équipes, alors que les outils pour y répondre manquent encore dans une majorité d’entreprises.
Pour vos managers, la question arrive donc avant les obligations. Vous gagnez à fixer dès maintenant ce qu’ils peuvent dire, ce qu’ils doivent renvoyer vers les ressources humaines et dans quel délai, même si la loi reste en discussion. Cette règle provisoire évite qu’un manager isolé crée un précédent que toute son équipe connaîtra le lendemain.

Préparez vos managers aux questions salariales
Vos managers recevront les premières questions avant vos premières déclarations ? Découvrez le programme en 90 jours qui leur donne des critères à expliquer dans notre article consacré à la formation des managers à la transparence salariale.
Ce que la transparence salariale change dans vos recrutements
La transparence salariale obligera chaque employeur à communiquer la rémunération proposée ou une fourchette avant l’embauche, et elle lui interdira d’interroger le candidat sur ses salaires passés. Vos recruteurs perdent ainsi un levier de négociation, et vos grilles internes deviennent comparables aux promesses faites aux nouveaux arrivants.
La fourchette devient un critère de choix pour les candidats
Concrètement, la fourchette affichée entre dans la comparaison que chaque candidat établit entre vos offres et celles de vos concurrents. Comme le montre l’étude de l’Apec citée plus haut, une majorité d’entreprises ne publient pas encore systématiquement le salaire dans leurs offres, si bien que les premières à le faire se distinguent pendant toute la période de transition.
Cette visibilité a pourtant un revers. Une fourchette trop large ne renseigne personne et entame votre crédibilité, tandis qu’une fourchette trop étroite prive vos managers de marge face à un profil rare. Nous recommandons donc de calibrer les fourchettes sur votre référentiel emplois, puis de les confronter aux annonces de vos concurrents pour vérifier votre positionnement.
Pour vos recruteurs, le changement porte aussi sur le discours. Un candidat qui connaît la fourchette interroge dès le premier entretien sa place à l’intérieur de celle-ci, et le recruteur doit alors pouvoir citer les critères qui fixeront ce positionnement.
La fin de la question sur le salaire précédent
Ensuite, l’interdiction d’interroger un candidat sur ses rémunérations passées modifie la négociation. Cette question servait souvent d’ancrage : le salaire précédent devenait la base de l’offre, et un écart hérité d’un ancien employeur se reportait ainsi dans votre propre masse salariale. En supprimant cet ancrage, la directive coupe la transmission mécanique des écarts d’un employeur à l’autre.
Vos recruteurs devront donc construire l’offre à partir de la valeur du poste et des compétences du candidat. Ce changement d’habitude demande une préparation, car beaucoup de recruteurs et de managers posent encore cette question par réflexe, en fin d’entretien, sans y voir le moindre enjeu juridique.
Le risque d’écart entre nouveaux arrivants et salariés en place
Enfin, la transparence au recrutement crée une comparaison nouvelle à l’intérieur de vos équipes. Lorsqu’un marché se tend, les offres faites aux nouveaux arrivants progressent souvent plus vite que les salaires des collaborateurs en place, et la fourchette publiée rend cet écart visible pour tous.
Chez Glukoze, nous considérons ce phénomène comme l’un des angles les moins anticipés de la réforme. Un collaborateur expérimenté qui découvre qu’un nouvel arrivant peut entrer au sommet de la fourchette de son propre poste interrogera son manager le jour même. Vous gagnez donc à mesurer cet écart lors de l’audit, poste par poste, avant de publier la première fourchette.
Notre article sur les angles morts de la directive sur la transparence salariale détaille d’autres effets de bord rarement anticipés par les organisations.
Les chantiers de transparence salariale à engager avant le texte définitif
Cinq chantiers peuvent démarrer sans attendre la loi votée : l’audit salarial, le référentiel emplois, les fourchettes de rémunération, la formation des managers et la communication interne. Leur ordre compte autant que leur contenu, car chacun s’appuie sur le précédent et le plus long d’entre eux conditionne le calendrier de tous les autres.
Auditer et corriger avant de communiquer
Pour commencer, vous devez savoir ce que vos salaires révèlent avant toute prise de parole. Voici l’ordre que nous recommandons à nos clients :
- l’audit salarial, qui établit la photographie des écarts ;
- le référentiel emplois, qui définit les postes de même valeur ;
- les fourchettes de rémunération, construites sur ce référentiel ;
- la formation des managers à la conversation salariale ;
- la communication interne, différenciée selon vos populations.
Un audit complet identifie les écarts injustifiés, les incohérences entre postes comparables et les situations qui présentent un risque juridique. La séquence tient en trois temps : l’audit, la correction et enfin la communication. Inverser cet ordre expose votre organisation, puisque chaque écart découvert après une annonce devient aussitôt un sujet public.
À l’inverse, un écart corrigé avant la première déclaration ne déclenche ni évaluation conjointe ni contentieux. L’audit sert aussi à chiffrer le budget de rattrapage, que vos dirigeants voudront connaître avant de valider la démarche. Nous conseillons donc de présenter ce budget en même temps que le diagnostic, plutôt que de laisser la direction financière le découvrir au moment des arbitrages annuels.
Construire le référentiel emplois et les fourchettes
Le référentiel emplois constitue ensuite le chantier le plus long. La directive raisonne en travail de même valeur, et le septième indicateur du projet de loi en fera une mesure déclarée chaque année. Sans référentiel structuré, appuyé sur des critères objectifs de pesée des postes, vous ne pourrez ni constituer vos catégories de travailleurs ni répondre à une demande d’information.
Selon notre expérience de terrain, ce chantier demande entre trois et dix-huit mois selon la taille et l’histoire de l’organisation. Il se lance donc juste après l’audit, parce qu’il conditionne tout le reste. Notre article sur le référentiel emplois et la pesée des postes détaille les méthodes de pesée et leurs limites.
Une fois le référentiel construit, vous pourrez définir des fourchettes cohérentes par niveau. Ces fourchettes doivent rester assez précises pour informer un candidat, sans devenir si larges qu’elles ne disent plus rien. L’arbitrage porte sur l’équilibre entre la marge de manœuvre de vos managers et une transparence réelle, et il gagne à être tranché par votre direction générale plutôt que poste par poste.
Préparer vos managers et votre communication interne
Parallèlement, la formation des managers prépare l’arrivée des premières questions. Une formation à la conversation salariale structurée permet à vos managers de comprendre les critères, d’expliquer un positionnement et d’accueillir une réaction sans promettre ce qui échappe à leur décision. Notre article sur les raisons pour lesquelles vos managers ont peur de la transparence salariale décrit les résistances les plus fréquentes.
Enfin, la communication interne demande une stratégie différenciée selon vos populations, des canaux adaptés et une pédagogie claire sur ce que la réforme change et sur ce qu’elle laisse intact. Une note de service isolée laisse vos collaborateurs combler eux-mêmes les silences, souvent avec l’hypothèse la moins favorable. Le calendrier de cette communication doit donc suivre celui de l’audit et des corrections.
Ce dernier chantier ne se délègue pas entièrement à la communication interne. Vos managers seront les relais les plus écoutés, et leur discours doit donc reprendre mot pour mot les éléments validés par votre direction, faute de quoi chaque équipe entendra une version différente de la même réforme.
Retour d’expérience Glukoze
Des managers incapables d’expliquer leurs propres décisions
Lors d’un atelier de préparation à la transparence salariale, nous avons demandé aux managers d’une entreprise de services d’expliquer par écrit le salaire d’un membre de leur équipe, comme s’ils répondaient à une demande d’information. Le service des ressources humaines avait fourni les grilles, et chacun connaissait les montants concernés.
Les réponses ont surpris la direction. La plupart des managers citaient l’histoire de la personne, une négociation à l’embauche ou un départ évité de justesse, et presque aucun ne mentionnait un critère écrit. Plusieurs ont découvert pendant l’exercice que deux personnes de leur équipe, au même poste, percevaient des salaires différents pour des raisons dont plus personne ne connaissait l’origine.
La conformité se joue d’abord dans la capacité de chaque manager à expliquer une décision qu’il n’a pas toujours prise lui-même. Faites cet exercice avant l’audit : en une heure, il révèle les écarts que vos managers ne sauront pas justifier devant leur équipe.
Quel niveau de transparence salariale viser selon votre maturité
Le niveau de transparence à viser dépend de la solidité de votre architecture salariale, de la préparation de vos managers et de la tension de votre marché de recrutement. La conformité stricte suffit à éviter les sanctions, alors qu’une transparence plus large sert votre attractivité, à condition de reposer sur des critères défendables.
Trois ambitions possibles et ce que chacune exige
Pour arbitrer, vous pouvez comparer les ambitions que nous rencontrons chez nos clients, de la conformité stricte à la transparence étendue. Notre article sur les cinq niveaux de transparence salariale propose un spectre plus détaillé pour situer votre organisation.
| Ambition | Ce que vous rendez visible | Prérequis | Bénéfice attendu | Risque principal |
|---|---|---|---|---|
| Conformité stricte | Rémunération ou fourchette communiquée aux candidats, moyennes transmises sur demande, indicateurs déclarés | Audit des écarts et catégories de travailleurs constituées | Sécurité juridique | Managers démunis face aux questions de leur équipe |
| Transparence des critères et des fourchettes | Grilles, fourchettes et critères de progression accessibles à tous en interne | Référentiel emplois pesé et managers formés | Conversations salariales apaisées et parcours plus lisibles | Écarts historiques exposés s’ils n’ont pas été corrigés |
| Transparence étendue | Formule de calcul, voire salaires, publiés | Formule stable et assumée par la direction générale | Attractivité et confiance durables | Rigidité de la formule sur les marchés tendus |
L’éditeur de logiciels Buffer illustre la troisième ambition, puisqu’il publie depuis 2013 sa formule de rémunération et la liste complète des salaires de son équipe. Ce cas reste américain et difficilement transposable tel quel dans une entreprise française soumise à des conventions collectives, mais il montre ce que suppose une formule assez stable pour être rendue publique. Notre article consacré à Buffer et la transparence radicale en détaille les conditions.
Les critères qui départagent les approches
Dans la pratique, quelques questions suffisent à situer votre organisation. Nous vous recommandons de les poser à vos dirigeants avant tout arbitrage :
- vos managers savent-ils expliquer aujourd’hui le positionnement de chaque membre de leur équipe ?
- votre référentiel emplois permet-il de regrouper les postes de même valeur ?
- vos écarts inexpliqués ont-ils été mesurés et budgétés ?
- vos concurrents affichent-ils déjà une rémunération dans leurs offres d’emploi ?
- votre direction générale accepte-t-elle de rendre ses arbitrages salariaux explicables ?
Si vous répondez non à la majorité de ces questions, la conformité stricte constitue votre première marche, et elle demande déjà un effort réel. Si vous répondez oui à la plupart, la transparence des fourchettes devient un avantage de recrutement, puisque vos offres se distingueront de celles qui restent muettes sur le salaire.
Les signaux qui justifient d’aller au-delà de la conformité
Certains signaux plaident pour une ambition plus large dès le départ. Des démissions motivées par un sentiment d’injustice salariale, des candidats qui abandonnent le processus faute d’information sur la rémunération ou des managers qui passent leurs entretiens annuels à négocier au cas par cas indiquent que l’opacité vous coûte déjà. Dans ces situations, la transparence salariale renforce votre marque employeur au moment où vos concurrents hésitent encore.
À l’inverse, une architecture salariale fragile impose de commencer modestement. Afficher des fourchettes avant d’avoir corrigé les écarts revient à publier vos incohérences, et notre article sur la transparence salariale sans confiance décrit les échecs que produit cette précipitation.
Comment lire la série transparence salariale en vingt articles
La série Glukoze sur la transparence salariale mène de la compréhension de la directive à la construction d’une culture de la transparence, en vingt articles regroupés en six parties. Chaque article reste autonome, et l’ordre de lecture conseillé conduit de la règle juridique aux choix d’organisation que la réforme impose à votre direction.
Six parties, de la règle à la culture
Pour commencer, les deux premiers articles posent le cadre : ce guide, puis la méthode en cinq étapes pour réussir votre démarche de transparence salariale. Viennent ensuite cinq ensembles thématiques, que le menu en fin de page reprend dans l’ordre de lecture conseillé :
- comprendre la directive, avec ce qui change pour les DRH et les managers, le retard des entreprises françaises, ce que le texte ne crée pas, les niveaux de transparence et les angles morts de la réforme ;
- construire les fondations, avec le référentiel emplois et la pesée des postes, la refonte de l’index égalité professionnelle et le lien entre transparence et confiance ;
- préparer les acteurs, avec la peur des managers, l’évolution de leur rôle, leur formation, les visions générationnelles et l’effet de la transparence salariale sur l’engagement ;
- mesurer les bénéfices, avec l’impact sur la marque employeur et la confiance comme rendement invisible ;
- aller plus loin, avec le cas Buffer, la transparence salariale comme point de départ d’une culture et les raisons d’étendre cette culture à toute l’entreprise.
Cette progression suit la logique du présent guide : comprendre la règle, bâtir les fondations, préparer les personnes et enfin mesurer le rendement de la démarche. Les articles des deux dernières parties servent surtout à convaincre vos dirigeants que la transparence salariale mérite un investissement au-delà de la seule conformité.
Trois portes d’entrée selon votre situation
Vous pouvez lire la série dans l’ordre pour une montée en compétences progressive, ou entrer directement par votre priorité du moment. Chaque article reste complet, mais la lecture suivie construit une vision cohérente, de la question « que dit la loi ? » à la question « quelle organisation voulons-nous construire ? ». Trois portes d’entrée s’offrent à vous :
- si vous découvrez le sujet, commencez par les articles 1 à 7 pour poser les bases réglementaires avant les enjeux opérationnels ;
- si votre préparation est engagée, les articles 8 à 15, consacrés aux fondations et aux acteurs, correspondent probablement à vos priorités ;
- si vous devez convaincre votre direction d’investir dans cette transformation, les articles 16 à 20, sur les bénéfices et la vision, vous fourniront les arguments les plus utiles.
Avant de choisir votre porte d’entrée, le diagnostic Glukoze vous aide à évaluer votre niveau de préparation sur les cinq axes de la directive et à identifier vos chantiers prioritaires. Il est gratuit et confidentiel, et il produit un résultat téléchargeable en PDF.
Outil gratuit
Diagnostic de préparation à la directive 2023/970
Évaluez votre niveau de préparation en 10 à 15 minutes
38 questions sur les 5 axes de la directive. Score personnalisé, profil de conformité et liste d’actions prioritaires, avec un bilan téléchargeable en PDF. Le diagnostic est 100 % confidentiel : aucune donnée n’est collectée, transmise ou stockée.
- Axe 1Architecture des emplois et rémunération
- Axe 2Transparence interne
- Axe 3Transparence du recrutement
- Axe 4Reporting et obligations déclaratives
- Axe 5Audit conjoint et action corrective
Comment nous pouvons vous aider à préparer la transparence salariale
Glukoze accompagne les dirigeants, les directions des ressources humaines et les équipes managériales dans leur préparation à la transparence salariale et dans la construction d’une culture de la confiance. Deux formats permettent soit de lancer la réflexion collective, soit de passer directement au plan d’action.
Une conférence pour ouvrir la réflexion de vos dirigeants
Notre conférence sur la transparence salariale et la directive 2023/970 présente en 60 à 90 minutes la transformation qu’engage la réforme, des obligations réglementaires jusqu’aux bénéfices organisationnels d’une culture de la transparence. Elle est conçue pour lancer la réflexion lors d’un séminaire de direction, d’une journée RH ou d’un séminaire de management, en présentiel comme à distance.
Un atelier pour passer du diagnostic au plan d’action
L’atelier « Diagnostic et plan d’action transparence salariale » dure une demi-journée. Il permet à vos équipes de réaliser un diagnostic de préparation sur les cinq axes de la directive, d’identifier vos chantiers prioritaires et de construire un plan d’action séquencé. Il s’appuie sur les données propres à votre organisation et produit un livrable documenté.
Pour organiser une conférence ou un atelier, écrivez-nous depuis notre page de contact.
Ce que la transparence salariale attend de vous dès maintenant
Le projet de loi présenté le 10 septembre 2026 fixe un calendrier légal qui démarre en 2028 pour les entreprises privées d’au moins 150 salariés, et plus tard pour les plus petites. Vos collaborateurs suivent un autre calendrier, plus court, qui s’ouvre dès leur première question à leur manager.
L’ordre des chantiers décide donc de la qualité de votre réponse : l’audit, la correction, le référentiel, la formation des managers et enfin la communication. Les organisations qui lanceront cette séquence avant le vote aborderont leur première déclaration avec des écarts déjà expliqués et des managers capables d’en rendre compte devant leur équipe.
Le texte définitif fixera les pénalités. La qualité de la première conversation dépend en revanche de votre préparation, et cette conversation donne tout son sens à la transparence salariale.
Questions fréquentes sur la transparence salariale
Quelle est l’obligation de transparence des salaires en 2026 ?
En 2026, les nouvelles obligations de transparence des salaires ne figurent pas encore dans le Code du travail, car le projet de loi de transposition a été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026. L’index de l’égalité professionnelle reste en vigueur, et le Gouvernement annonce son maintien en 2027.
Quels sont les 7 indicateurs de transparence salariale ?
Le projet de loi remplace l’index par sept indicateurs d’écart de rémunération entre les femmes et les hommes. Six seront précalculés à partir de la déclaration sociale nominative dans le secteur privé, et le septième mesurera les écarts par catégorie de travailleurs accomplissant un travail égal ou de valeur égale.
Un salarié pourra-t-il connaître le salaire de son manager ?
La transparence salariale ne donne accès à aucun salaire individuel, qu’il s’agisse d’un collègue ou d’un manager. Un salarié pourra demander son propre niveau de rémunération et les niveaux moyens, ventilés par sexe, de sa catégorie de travailleurs. Il pourra aussi parler librement de son salaire, les clauses de confidentialité devenant interdites.
Les entreprises de moins de 50 salariés sont-elles concernées ?
Elles le sont en partie. Selon l’avis du Conseil d’État, l’information des candidats sur la rémunération et le droit à l’information des salariés s’appliqueront à tous les employeurs, quel que soit leur effectif. La déclaration des indicateurs d’écart ne concernera en revanche que les employeurs d’au moins 50 salariés.
Quelles sanctions prévoit la loi sur la transparence salariale ?
Selon l’avis du Conseil d’État, le projet de loi prévoit une pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale et une pénalité forfaitaire de 450 euros par manquement individuel, doublées en cas de récidive. En cas de litige, la charge de la preuve pèse aussi sur l’employeur qui a manqué à ses obligations de transparence.
La série Glukoze sur la transparence salariale est mise à jour régulièrement pour refléter l’évolution du calendrier de transposition français et les nouvelles données disponibles.


