Le 14 novembre, une direction des ressources humaines présente son plan pour l’année suivante devant ses instances. Onze familles d’emplois y portent chacune une enveloppe, un volume d’heures et un responsable identifié. L’encadrement n’y figure nulle part, parce qu’encadrer n’est pas un métier dans le référentiel mais une activité ajoutée à un métier, et cette activité se finance donc sur ce qui reste à la fin de l’exercice.
Le champ managérial explique la faiblesse des programmes de leadership par leur contenu, jugé trop théorique et trop éloigné du terrain. Votre plan de développement des compétences tranche pourtant la question bien avant toute considération pédagogique, puisqu’il fixe le volume d’heures et le budget avant que le premier cahier des charges ne soit écrit. Vous avez par conséquent un arbitrage à rendre : ouvrir une ligne d’encadrement et la prendre à une famille métier, ou continuer à former vos encadrants sur le reliquat.
| Le diagnostic habituel | Ce qu’il ignore | Le déplacement qui transforme |
|---|---|---|
| Des programmes mal conçusLes parcours de leadership sont jugés trop théoriques, trop ponctuels et déconnectés des situations réelles. La réponse proposée porte alors sur la pédagogie, le mentorat et la mise en situation. | Une activité sans famille d’emploisUn plan de développement des compétences se construit par famille d’emplois, et l’encadrement n’en constitue pas une. Son financement dépend donc des arbitrages rendus pour les métiers, et il arrive en dernier dans l’ordre de priorité. | Une ligne budgétaire avant une pédagogieGlukoze déplace l’objet vers la construction du plan : le nombre d’encadrants recensés, le volume d’heures qui leur est réservé et la famille métier à laquelle ce volume est pris. Le contenu du parcours se décide ensuite. |
Ce que votre plan ne porte pas aujourd’hui
Un plan annuel se construit métier par métier, avec un référentiel d’emplois, des écarts de compétences constatés et une enveloppe par famille. L’encadrement traverse toutes ces familles sans appartenir à aucune : il se retrouve donc sans ligne propre dans la très grande majorité des plans que nous consultons.
Autrement dit, le problème se situe en amont de vos choix pédagogiques. Deux éléments l’expliquent, la nature de la population encadrante et la mécanique de répartition du budget.
L’encadrement n’est pas une famille d’emplois
Hayet Bendekkiche et Thierry Mainaud établissent dans Insee Première n° 1920, publié le 12 septembre 2022, qu’en 2021, 13 % des salariés ont pour tâche principale de superviser le travail d’autres salariés. Cette population se répartit à 50 % de cadres, 33 % de professions intermédiaires et 16 % d’ouvriers ou d’employés.
Cette répartition explique la difficulté. Vos encadrants se trouvent dispersés dans trois catégories socioprofessionnelles et dans la totalité de vos familles métiers, si bien qu’aucun responsable de famille ne se considère comptable de leur développement managérial. Chacun finance le métier, et personne ne finance l’activité qui le traverse.
Le volume horaire de cette population aggrave le calcul. Les encadrants travaillent 1 773 heures par an selon la même publication, soit 306 heures de plus que les salariés sans tâche d’encadrement, ce qui réduit d’autant les créneaux disponibles pour les former. Vous demandez donc un effort de formation supplémentaire à la population qui dispose du moins de temps.
Comptez vos encadrants avant toute autre chose. Le chiffre réel, obtenu en additionnant ceux qui supervisent effectivement du travail plutôt que ceux qui portent un titre, dépasse presque toujours celui que votre direction annonce.

La ligne qui absorbe le reste
Observez la construction de votre enveloppe, car son ordre est toujours le même : les obligations réglementaires de sécurité passent en premier, les habilitations métiers ensuite, les projets de transformation portés par une direction opérationnelle après, et le développement managérial arrive dans la ligne qui absorbe ce qui subsiste. Cette ligne porte souvent un intitulé générique du type formation transverse ou efficacité professionnelle.
Une conséquence suit mécaniquement cet ordre. Quand un projet de transformation déborde son budget en septembre, c’est cette ligne transverse qui le finance, et le parcours managérial prévu pour novembre glisse à l’année suivante. Vos encadrants constatent alors un report qu’aucune décision explicite n’a jamais prononcé.
Nous observons régulièrement cette séquence dans les missions que nous conduisons. Le parcours reçoit un report, puis un second, et la direction conclut ensuite que la demande n’était pas si forte. Le report est en réalité la conséquence d’une place dans un ordre de priorité, et cette place s’écrit ailleurs que dans un comité de pilotage pédagogique.
Vérifiez ce point dans votre propre plan : cherchez le montant consacré à l’encadrement, puis cherchez le montant réellement consommé en fin d’exercice. L’écart entre les deux chiffres mesure la fragilité de la ligne.
Pourquoi les programmes arrivent en dernier dans l’ordre budgétaire
Le volume dont vous disposez par salarié est faible et inégalement réparti. Une entreprise française consacre un peu plus de treize heures de formation par salarié et par an, et la part d’entreprises qui forment varie de seize à quatre-vingt-quatre pour cent selon leur taille. Votre marge de manœuvre dépend donc de votre effectif.
Regardez d’abord le volume moyen, puis ce que votre taille d’entreprise autorise réellement.
Le volume disponible par salarié
Agnès Checcaglini et Isabelle Marion-Vernoux établissent dans le Céreq Bref n° 450 qu’une entreprise française consacre en moyenne 13,6 heures de formation par salarié en 2021, contre 10,7 heures en 2020. Deux journées de parcours managérial consomment donc l’intégralité de l’enveloppe annuelle d’un encadrant, et davantage.
Le même Bref apporte deux chiffres qui cadrent votre situation. Soixante-deux pour cent des entreprises françaises disposent d’un plan ou d’un budget de formation, et environ trente pour cent, essentiellement des petites, ne dispensent aucune formation à leur personnel. L’existence même d’un plan constitue donc déjà une position favorable.
Un troisième chiffre de la même publication mérite votre attention, puisqu’il vous place en avance. Trente-neuf pour cent des entreprises françaises évaluent constamment leurs besoins futurs en compétences, contre vingt-sept pour cent en moyenne européenne. Vos entreprises anticipent donc mieux que leurs voisines, et cette anticipation porte sur les métiers plutôt que sur l’encadrement.
Retenez la conséquence pratique de ces trois chiffres. Votre dispositif d’anticipation fonctionne, et il ne regarde pas la population que vous cherchez à développer, parce que son référentiel d’entrée est le métier.
Ce que votre taille d’entreprise autorise
Jimmy Merlet exploite l’enquête sur la formation chez les employeurs, coproduite par le Céreq, la Dares et France compétences, dans le Céreq Bref n° 484 du 28 avril 2026. Le taux d’entreprises formatrices y suit la taille de façon très marquée : 84 % dans les entreprises de 300 à 999 salariés, 66 % dans celles de 50 à 299 salariés, 35 % dans celles de 10 à 49 salariés et 16 % dans celles de 1 à 9 salariés.
La même publication montre que les modalités suivent le même escalier. La formation à distance concerne 31 % des entreprises de 300 à 999 salariés, 16 % de celles de 50 à 299 salariés et seulement 2 à 5 % de celles de moins de 50 salariés, alors qu’en 2022 près d’un tiers des formations à but professionnel étaient dispensées en ligne.
Tirez-en un repère de dimensionnement plutôt qu’un constat. En dessous de cinquante salariés, votre population encadrante compte rarement plus de cinq personnes, ce qui exclut toute conception dédiée et oriente vers la mutualisation entre entreprises. Au-delà de trois cents salariés, elle dépasse souvent la trentaine, et une ligne dédiée devient défendable en euros par tête.
Ce repère explique aussi pourquoi les mêmes dispositifs réussissent chez un de vos pairs et échouent chez vous. L’écart tient au nombre d’encadrants qui amortissent la conception, et non à la qualité du prestataire.
Ouvrir une ligne d’encadrement dans votre plan
Une ligne utilisable porte trois éléments : un effectif recensé, un volume d’heures par encadrant et la famille métier à laquelle ce volume est pris. Sans le troisième élément, la ligne reste une intention, puisqu’aucun budget ne se crée par addition.
Commencez donc par le recensement, car il conditionne les deux autres éléments et il réserve en général une surprise.
Compter les encadrants avant de chiffrer
Le recensement se fait sur une définition d’activité plutôt que sur une liste de titres : retenez toute personne qui attribue du travail, arbitre une priorité ou valide un résultat, quel que soit son statut et quel que soit l’intitulé de son poste. Cette définition fait apparaître les chefs d’équipe, les référents techniques et les responsables de permanence.
Procédez dans cet ordre, qui tient en trois opérations :
- Demandez à chaque responsable de service la liste des personnes qui attribuent ou valident du travail dans son périmètre, avec leur statut et leur famille métier.
- Rapprochez cette liste de celle de votre système d’information, qui recense les titres, et conservez les écarts comme matière de discussion.
- Multipliez l’effectif obtenu par le volume d’heures que vous visez, puis présentez le montant à la direction opérationnelle dont la famille métier financera cette ligne.
Le deuxième point produit presque toujours l’information la plus utile. Les personnes qui encadrent sans en porter le titre sont celles que vos dispositifs n’atteignent jamais, et elles constituent fréquemment le tiers de votre population encadrante réelle.
Le plan de développement des compétences, un document consultable
Votre plan ne vit pas seulement dans un tableur budgétaire. L’article L6321-1 du code du travail précise que les actions de formation sont « prévues, le cas échéant, par le plan de développement des compétences », ce qui en fait le document où votre engagement devient lisible par un tiers.
Cette lisibilité joue en votre faveur lors de l’arbitrage. Une ligne d’encadrement écrite, chiffrée et présentée aux instances devient difficile à ponctionner en cours d’exercice, alors qu’une enveloppe transverse sans intitulé se ponctionne sans que personne ne doive le justifier.
Nous recommandons donc d’écrire l’effectif concerné dans le document lui-même, et pas uniquement le montant. Un plan qui porte la mention de quarante-deux encadrants recensés engage davantage qu’un plan qui porte une somme, parce qu’il rend le report visible et comptable.
Prévoyez enfin une revue de cette ligne en milieu d’exercice, calée sur votre point budgétaire de juin. C’est à ce moment que les reports se décident, et c’est donc à ce moment qu’une ligne nommée résiste ou disparaît.
Un dernier point de rédaction mérite votre attention : écrivez le volume d’heures par encadrant plutôt que le montant global. Un plan qui annonce douze heures par encadrant et par an engage une obligation vérifiable, tandis qu’un plan qui annonce une somme se satisfait de n’importe quelle dépense.
Cette précision change aussi la conversation avec vos prestataires. Un cahier des charges exprimé en heures disponibles par participant élimine d’emblée les propositions que votre calendrier ne peut pas héberger, et il vous épargne deux réunions de cadrage.
Vos managers reçoivent ce qu’ils ne peuvent pas trancher
La ligne budgétaire ouvre la porte, et le contenu reste à définir. Lisez notre analyse du droit de décision des managers de proximité pour savoir quelles situations réelles mettre dans le cahier des charges que vous financez.
Ligne dédiée, enveloppe transverse ou financement par projet : comment arbitrer
Trois montages financent le développement managérial dans les entreprises françaises, et ils ne résistent pas de la même façon aux arbitrages de milieu d’exercice. Le choix dépend de votre effectif encadrant, de la maturité de votre référentiel d’emplois et du poids de vos directions opérationnelles.
Comparez-les sur leur résistance au report plutôt que sur leur facilité de mise en place.
Trois montages, trois résistances
| Montage | Ce qu’il produit | Ce qu’il coûte | Quand il convient |
|---|---|---|---|
| Enveloppe transverse sans intitulé | Une souplesse de gestion et aucune négociation à mener en amont | Une ponction en cours d’exercice que personne n’a besoin de justifier | Effectif encadrant inférieur à dix personnes et besoins ponctuels |
| Ligne dédiée à l’encadrement | Un effectif et un volume écrits, donc un report rendu visible et comptable | Un arbitrage à obtenir d’une direction opérationnelle qui perd le montant | Effectif encadrant recensé supérieur à vingt personnes |
| Financement par projet de transformation | Des montants supérieurs et un sponsor opérationnel déjà engagé | Un périmètre limité aux encadrants du projet, et une fin programmée | Transformation d’organisation en cours avec un budget propre |
La troisième voie se révèle souvent la plus rapide et la plus trompeuse. Elle finance généreusement un sous-ensemble d’encadrants pendant deux ans, puis s’arrête avec le projet, et votre population se retrouve coupée en deux populations aux pratiques divergentes.
Les critères qui tranchent chez vous
Cinq critères départagent ces montages dans les organisations que nous accompagnons :
- L’effectif encadrant réellement recensé, qui détermine le montant par tête et donc la défendabilité de la ligne.
- L’existence d’un référentiel d’emplois à jour, sans lequel la famille métier qui financera reste introuvable.
- Le poids relatif de votre direction des ressources humaines face aux directions opérationnelles dans l’arbitrage budgétaire.
- La présence d’un projet de transformation doté, qui ouvre la troisième voie pour une durée limitée.
- Votre capacité à présenter la ligne aux instances avant le vote du budget, et non après.
Le dernier critère décide plus souvent que les quatre autres. Une ligne présentée après le vote se négocie sur un budget déjà réparti, et la discussion porte alors sur un retrait chez quelqu’un plutôt que sur une allocation.
Les trois montages se combinent par ailleurs très bien dans le temps. Un financement par projet ouvre la voie la première année, en montrant un résultat sur un périmètre restreint, puis la ligne dédiée reprend le dispositif et l’étend à l’ensemble de la population encadrante avec un coût par tête déjà connu.
Un garde-fou s’impose néanmoins sur cette séquence : annoncez dès la première année que le dispositif sera étendu, faute de quoi les encadrants restés dehors la deuxième année liront l’extension comme un rattrapage tardif.
Nous recommandons cette séquence aux organisations dont la direction des ressources humaines pèse peu dans l’arbitrage budgétaire. Un chiffre constaté sur quarante encadrants vaut davantage qu’une projection sur deux cents, et il se présente en une seule diapositive l’année suivante.
Retour d’expérience Glukoze
Dix-neuf encadrants déclarés, quarante-six recensés
Nous sommes intervenus dans une entreprise de services techniques de cinq cent trente personnes, dont la direction des ressources humaines voulait construire un parcours pour ses managers. Le budget annoncé reposait sur dix-neuf encadrants, le nombre de personnes portant un intitulé de responsable dans le système d’information.
Nous avons commencé par un recensement d’activité, en demandant à chaque responsable de service qui attribuait et validait du travail dans son périmètre. Quarante-six personnes sont ressorties de cet exercice. Les vingt-sept personnes absentes de la première liste étaient des chefs d’équipe, des référents techniques et des responsables de permanence, dont vingt-deux sans statut cadre. Le coût par tête du parcours envisagé tombait de six cent quatre-vingts euros à deux cent quatre-vingts euros une fois la conception amortie sur quarante-six participants.
Le recensement a rendu la ligne défendable sans augmenter l’enveloppe, et la direction industrielle a accepté de la financer précisément parce que le montant par tête avait été divisé par deux.
Un encadrant promu sans formation reste un salarié non adapté
Le code du travail vous donne un argument plus solide que le rendement. L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail, et une promotion vers l’encadrement change le poste sans changer les compétences détenues, ce qui ouvre une obligation que personne n’a besoin de justifier par un calcul.
Examinez cette obligation, puis le rendez-vous où elle devient vérifiable.
L’obligation d’adaptation au poste
L’article L6321-1 du code du travail énonce deux obligations distinctes à la charge de l’employeur : « L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail » et « Il veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi ». La première est une obligation de résultat sur le poste occupé, la seconde une obligation de vigilance dans la durée.
Appliquez la première à une promotion interne. Un technicien devenu chef d’équipe occupe un poste dont une partie des attendus, l’attribution du travail et l’arbitrage des priorités, ne figurait pas dans son poste précédent. Son adaptation à ce nouveau poste relève donc de cette obligation, au même titre que la prise en main d’une machine nouvelle.
Ce raisonnement change la nature de la discussion budgétaire. Vous ne demandez plus un investissement dont il faudrait démontrer le rendement, vous signalez une obligation qui s’applique à chaque promotion vers l’encadrement. La direction financière entend très différemment ces deux phrases.
Le même article ajoute une faculté distincte de l’obligation, puisque l’employeur « peut proposer des formations qui participent au développement des compétences ». Séparez bien les deux dans votre plan, car la première ligne se défend en droit et la seconde se défend en opportunité.
L’entretien professionnel et son état des lieux
L’article L6315-1 du code du travail organise le rendez-vous où cette obligation devient vérifiable. Le salarié bénéficie d’un entretien professionnel dans la première année suivant son embauche, puis tous les quatre ans, une périodicité qu’un accord collectif peut modifier sans la dépasser.
Deux caractéristiques de cet entretien vous intéressent directement : il porte sur les besoins de formation et les souhaits d’évolution, et il « ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié », ce qui en fait le seul rendez-vous où un chef d’équipe peut dire qu’il ne sait pas tenir son rôle sans que cette phrase pèse sur sa notation.
Le troisième élément porte la sanction. Tous les huit ans, l’entretien dresse un état des lieux qui vérifie notamment si le salarié a suivi au moins une action de formation, et dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, un salarié qui n’a eu ni ses entretiens ni au moins une formation hors sécurité voit son compte personnel de formation abondé.
Croisez cet élément avec votre recensement d’encadrants. Les personnes qui encadrent sans en porter le titre sont statistiquement celles que vos dispositifs atteignent le moins, donc celles qui approchent le plus de cette situation, et votre ligne d’encadrement se finance aussi par ce risque.
Ce que la ligne dédiée coûte à vos familles métiers
Ouvrir une ligne d’encadrement revient à retirer un montant à une famille métier, et cette famille a un responsable qui défendra son enveloppe. Le coût est donc politique avant d’être financier, et il se négocie avec un argument chiffré plutôt qu’avec un discours sur l’importance du management.
Préparez l’arbitrage, puis mesurez ce que le statu quo coûte de son côté.
L’arbitrage que deux directions doivent rendre
La conversation se tient entre votre direction des ressources humaines et la direction opérationnelle qui emploie le plus d’encadrants. Arrivez avec trois chiffres seulement : l’effectif encadrant de son périmètre, le montant par tête du dispositif envisagé et le volume d’heures que cela représente par encadrant et par an.
Le montant par tête fait le travail de conviction. Un parcours dont la conception est amortie sur quarante participants coûte souvent moins cher par personne qu’une inscription individuelle au catalogue d’un organisme, et ce rapprochement se calcule en une demi-heure avec vos factures de l’année précédente.
Acceptez enfin de nommer ce que la famille métier perd. Une direction qui voit son enveloppe baisser de quelques milliers d’euros accepte beaucoup plus facilement quand le montant est dit que lorsqu’il apparaît dans un tableau consolidé qu’elle découvre en janvier.
Le refus d’encadrer, autre coût du statu quo
Le statu quo a son prix, et l’Apec le documente. Dans son étude « Cadres et management » de janvier 2026, la part de cadres souhaitant accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % à 34 % entre 2022 et 2025, avec un recul de seize points chez les moins de trente-cinq ans, de 63 % à 47 %.
La même étude indique que 24 % des cadres se disent rebutés par la charge de travail des managers et que près de six managers sur dix ressentent parfois un sentiment de stress intense dans leur travail. Un poste d’encadrement non préparé devient donc un poste que vos candidats internes déclinent.
Ce chiffre vous donne un second argument budgétaire, et il parle davantage aux directions opérationnelles. Un refus de promotion interne se traduit en recrutement externe, et un recrutement externe sur un poste d’encadrement coûte plusieurs fois le montant du parcours que vous proposiez.
Rapprochez les deux coûts dans la même diapositive. Le premier est une dépense que vous demandez, le second une dépense que votre direction supporte déjà sans l’avoir rattachée à cette cause.
Un troisième coût du statu quo se mesure chez les encadrants en poste. Une personne promue sans préparation apprend son rôle par essais successifs sur son équipe, et ces essais produisent des arbitrages que ses collaborateurs subissent pendant les premiers mois.
Ce coût reste invisible dans vos comptes, et il apparaît dans votre baromètre interne sous une rubrique qui ne le nomme pas. Rapprochez les scores de vos équipes de l’ancienneté de leur encadrant dans la fonction : la corrélation se lit en une heure et elle se présente sans commentaire.
Les dispositifs publics qui financent autre chose
Deux sources de financement extérieures reviennent dans les discussions budgétaires, les programmes d’investissement sur les compétences et le compte personnel de formation. Aucune des deux ne finance le développement managérial, pour des raisons différentes, et il vaut mieux le savoir avant de construire votre plan dessus.
Regardez ce que chacune finance réellement, en commençant par la plus importante en volume.
Ce que les programmes d’investissement financent
Nathalie Bosse, Catherine Galli, Françoise Kogut-Kubiak, Victoire Lafaÿsse et Josiane Paddeu décrivent ces dispositifs dans le Céreq Bref n° 491-492 du 24 septembre 2026. Près de 2 milliards d’euros ont été engagés sur près de 500 projets depuis 2010, et le volet France 2030 compte plus de 230 projets engagés à ce jour.
Observez l’objet de ces financements : ils soutiennent la transformation de l’offre de formation et l’anticipation des besoins en compétences des filières stratégiques, dont cinquante-neuf projets de diagnostics sectoriels. L’argent va donc aux organismes de formation et aux filières, pas aux lignes budgétaires internes des entreprises.
Une conséquence pratique en découle pour vous. Si votre secteur bénéficie d’un de ces projets, l’offre disponible sur vos métiers techniques s’enrichira, et votre encadrement n’en verra rien, parce qu’aucun diagnostic de filière ne traite l’activité d’encadrement comme un métier à anticiper.
Cette asymétrie se retourne à votre avantage dans une négociation. Les financements extérieurs allègent vos lignes métiers, ce qui libère précisément la marge dont votre ligne d’encadrement a besoin, et ce raisonnement se tient devant un directeur financier.
Le compte personnel de formation, instrument du salarié
Le second dispositif appartient au salarié et non à vous. Johanna Bismuth établit dans Dares Résultats n° 30 du 9 juillet 2026 qu’en 2025, 1 226 000 formations débutent dans le cadre du compte personnel de formation, en baisse de 11 % par rapport à 2024, à la suite de mesures réglementaires importantes.
La composition de ces formations règle la question. Les transports représentent 40 % des formations réalisées en 2025, premier domaine malgré un recul de 21 %, et le nombre de bénéficiaires diminue de 10 % par rapport à 2024. Le compte personnel de formation finance donc massivement des permis de conduire et des certifications individuelles.
Retenez la conséquence pour votre plan. Un abondement de votre part sur un parcours managérial reste possible, et il suppose l’accord de chaque encadrant et une démarche individuelle de sa part, ce qui exclut cet instrument comme socle d’un dispositif collectif.
Une exception mérite d’être connue, puisqu’elle concerne vos encadrants les plus exposés. Un abondement correctif intervient de plein droit lorsque l’entretien professionnel et la formation ont manqué, et cet abondement se déclenche sans que vous l’ayez décidé, ce qui en fait une dépense subie plutôt qu’un choix d’investissement.
La tendance à la baisse ajoute une raison de prudence. Un plan qui reposerait sur la mobilisation volontaire des comptes de vos encadrants se construirait sur un dispositif dont les entrées reculent et dont les règles ont changé deux fois en deux ans.
Mesurer l’effort réel d’encadrement dans votre plan
Deux chiffres suffisent, et aucun des deux ne figure dans les tableaux de bord de formation habituels : le premier est le nombre d’heures de formation par encadrant recensé, et non par salarié. Le second est l’écart entre le montant inscrit et le montant consommé sur la ligne d’encadrement.
Calculez le premier dès maintenant, puisqu’il se déduit de données que vous détenez déjà.
Les heures par encadrant plutôt que par salarié
Prenez les heures de formation suivies par les personnes de votre recensement, divisez par leur effectif, et comparez le résultat à votre moyenne générale. L’écart entre les deux ratios est l’indicateur central de ce sujet, et il se révèle presque toujours défavorable aux encadrants dans les entreprises que nous accompagnons.
Le résultat surprend souvent, parce que la moyenne générale inclut les habilitations et les formations de sécurité, massives en volume horaire. Isolez donc les heures de développement managérial de celles qui relèvent d’une obligation réglementaire, sans quoi votre ratio paraîtra convenable alors que le sujet reste entier.
Présentez ce ratio sous forme d’une seule phrase. Vos encadrants ont suivi tant d’heures de développement managérial l’an dernier, contre tant d’heures de formation toutes catégories pour l’ensemble des salariés, et cette phrase se retient mieux qu’un tableau de six colonnes.
Les deux chiffres du bilan annuel
Le second indicateur mesure la solidité de la ligne plutôt que son montant : relevez en fin d’exercice le montant inscrit au plan et le montant réellement consommé sur cette ligne, et conservez les deux chiffres d’une année sur l’autre.
Un écart stable sur deux exercices signale que la ligne tient. Un écart qui se creuse signale qu’elle sert de variable d’ajustement, et cette information vaut d’être portée devant vos instances, parce qu’elle décrit un engagement annoncé puis non tenu.
Conservez enfin la trace du recensement lui-même, année après année. L’effectif encadrant évolue sans décision explicite, par promotions et par réorganisations, et un écart de dix personnes entre deux exercices change le coût par tête de votre dispositif autant qu’une renégociation avec votre prestataire.
Prévoyez enfin de présenter ces deux chiffres au même moment chaque année, juste avant la préparation budgétaire. Un indicateur présenté en octobre nourrit l’arbitrage de novembre, tandis que le même indicateur présenté en mars nourrit une conversation sans enjeu.
Évitez en revanche de construire un tableau de bord complet sur ce sujet. Deux chiffres se retiennent et se discutent, six chiffres se consultent une fois puis se rangent, et la différence se joue entièrement sur la décision que vous cherchez à obtenir.
Notre article sur la durée consécutive que votre planning libère complète cette mesure du côté du calendrier, et notre analyse des référentiels de compétences importés traite le contenu que vous mettrez dans la ligne une fois qu’elle existe.
Votre plan annuel et votre engagement pluriannuel restent deux objets distincts, et vos encadrants font très bien la différence. Nous expliquons ailleurs pourquoi les paliers trois à cinq d’une progression disparaissent sans arbitrage écrit, et comment sécuriser leur financement dès le lancement.
Un point d’attention sur votre plan : les deux jours de rassemblement annuel pèsent souvent plus d’heures que l’action moyenne que vous y inscrivez, sans jamais y figurer. Nous détaillons ce décalage dans notre article sur ce qu’un séminaire d’entreprise consomme réellement et ce qu’il vous permet d’exiger.
Comment nous pouvons vous aider à budgéter votre encadrement
Nous commençons par le recensement d’activité et par la lecture de votre plan, avant toute proposition pédagogique, parce que l’ordre des opérations décide du sort de ces projets bien plus que le contenu du parcours.
Le recensement et le chiffrage par tête
Nous conduisons le recensement avec vos responsables de service, nous établissons le coût par tête des dispositifs envisagés et nous préparons la diapositive unique que vous présenterez à la direction opérationnelle qui financera la ligne.
Les parcours managériaux et la communauté de managers
Une fois la ligne ouverte, nous construisons un parcours managérial dimensionné sur votre effectif réel, et nous animons une communauté de managers qui prolonge le parcours à coût marginal. Nos journées inspirantes ouvrent le sujet devant vos dirigeants avant le vote du budget.
Votre plan de développement des compétences décide avant votre pédagogie
Un parcours managérial se gagne ou se perd dans un tableur budgétaire, plusieurs mois avant le premier cahier des charges. Recensez vos encadrants sur une définition d’activité, calculez le coût par tête, nommez la famille métier qui financera : votre plan de développement des compétences portera enfin la population qu’il ignore aujourd’hui.
Questions fréquentes sur le plan de développement des compétences
Qu’est-ce que le plan de développement des compétences ?
C’est le document qui recense les actions de formation que l’employeur engage pour ses salariés. L’article L6321-1 du code du travail y rattache les actions de formation, en précisant qu’elles sont prévues, le cas échéant, par ce plan. Il remplace l’ancien plan de formation depuis 2019.
Pourquoi l’encadrement n’y apparaît-il pas ?
Un plan se construit par famille d’emplois, et encadrer est une activité ajoutée à un métier plutôt qu’un métier en soi. L’Insee établit qu’en 2021, 13 % des salariés supervisaient le travail d’autres salariés, répartis dans trois catégories socioprofessionnelles et dans toutes les familles métiers.
Faut-il une ligne budgétaire dédiée à l’encadrement ?
Elle devient défendable au-delà d’une vingtaine d’encadrants recensés, parce que le coût de conception s’amortit alors sur assez de participants. En dessous de dix, une enveloppe transverse ou une mutualisation entre entreprises reste plus réaliste.
Le compte personnel de formation peut-il financer un parcours managérial ?
Il appartient au salarié et suppose sa démarche individuelle, ce qui exclut un dispositif collectif. Selon Dares Résultats n° 30 de juillet 2026, les entrées en formation sur ce dispositif reculent de 11 % en 2025 et les transports en représentent 40 %.
Comment mesurer l’effort de formation consacré aux managers ?
Divisez les heures suivies par vos encadrants recensés par leur effectif, en isolant le développement managérial des obligations réglementaires, puis comparez ce ratio à votre moyenne générale. Suivez ensuite l’écart entre le montant inscrit au plan et le montant consommé.



