Entre 2016 et 2024, le manque d’autonomie dans l’organisation du travail recule de trois points pour l’ensemble des salariés français, et il progresse de quatre points pour les employés peu qualifiés. La même enquête, la même période et deux mouvements opposés. La moyenne nationale s’améliore donc pendant qu’une catégorie entière se dégrade.
Les enquêtes sur les risques psychosociaux mesurent l’exposition de vos salariés, et elles ne mesurent jamais qui répartit cette exposition. L’autonomie, les délais et le soutien se distribuent pourtant chaque jour, poste par poste, par les managers de proximité qui tiennent vos plannings et arbitrent vos urgences. Vous avez donc un arbitrage à rendre : cadrer par écrit cette répartition, ou la laisser se faire au jugement de chaque encadrant et en porter le résultat dans vos indicateurs.
| Ce que les enquêtes mesurent | Ce qu’elles laissent hors champ | Le déplacement qui transforme |
|---|---|---|
| Risques psychosociauxLes enquêtes nationales mesurent l’exposition des salariés à six familles de facteurs : intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux dégradés, conflits de valeurs et insécurité de la situation de travail. | La répartition de l’expositionUne moyenne stable peut recouvrir une amélioration pour certaines catégories et une dégradation pour d’autres. Aucun indicateur national n’identifie le niveau hiérarchique qui répartit l’autonomie, les délais et le soutien entre les postes. | L’arbitrage distributif du managerLe manager de proximité répartit chaque jour des ressources rares entre des membres de son équipe. La fatigue de cet arbitrage se distingue de la charge de travail, et un cadre écrit la réduit sans réduire la charge. |
Ce que les enquêtes sur les risques psychosociaux mesurent vraiment
Les enquêtes nationales décrivent l’exposition des salariés à des facteurs organisationnels, catégorie par catégorie. Elles produisent des moyennes et des écarts entre groupes socioprofessionnels, et elles restent muettes sur le mécanisme qui produit ces écarts à l’intérieur d’une même entreprise.
Six familles de facteurs, et ce que chacune couvre
Le cadre de référence utilisé en France distingue six familles de facteurs de risques psychosociaux : l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie, les rapports sociaux au travail dégradés, les conflits de valeurs et l’insécurité de la situation de travail. L’INRS rattache ce regroupement aux travaux du collège d’expertise animé par Michel Gollac et Marceline Bodier.
Regardez cette liste du point de vue d’un manager de proximité. Trois de ces six familles se répartissent concrètement dans une équipe, par des décisions que quelqu’un prend : l’intensité du travail à travers les délais accordés, l’autonomie à travers les marges laissées sur l’organisation des tâches, et les rapports sociaux à travers le soutien apporté en cas de difficulté.
Les trois autres familles échappent largement à l’encadrement direct. Les conflits de valeurs renvoient à la stratégie de l’entreprise, l’insécurité de la situation de travail à ses perspectives économiques, et les exigences émotionnelles à la nature même du métier exercé. Cette séparation explique pourquoi un plan de prévention qui traite les six familles au même niveau produit des résultats inégaux.

Une moyenne qui bouge pour deux raisons opposées
Cécile Girault et Aude Lapinte, dans le Dares Analyses n° 37 publié le 9 septembre 2026, livrent un avertissement méthodologique que les reprises de presse omettent presque toujours. La stabilité apparente des expositions pour l’ensemble des salariés résulte de deux effets contraires : la hausse des expositions pour certaines catégories et l’évolution de la structure des salariés, la part des cadres passant de 18 % à 24 % sur la période.
Cette mécanique mérite votre attention pour une raison pratique. Si votre entreprise a recruté des cadres et réduit ses effectifs d’employés peu qualifiés ces dernières années, vos indicateurs internes s’amélioreront sans qu’aucune condition de travail ait changé pour personne. Vous observerez un progrès statistique produit par un changement de population.
Nous rencontrons cette illusion régulièrement en mission, et elle se détecte en une opération. Recalculez votre indicateur à structure d’effectifs constante, en appliquant à chaque catégorie son taux d’exposition de l’année et les effectifs de l’année de référence. L’écart entre les deux résultats mesure exactement la part du progrès que votre politique de recrutement explique.
Retenez le point avant la suite : une moyenne d’exposition décrit une population et non un travail. Vos décisions de prévention portent sur des postes, et les postes se trouvent sous la moyenne ou au-dessus.
L’écart qui se creuse entre vos catégories de salariés
Les données de la Dares montrent un recul moyen des expositions et une dégradation nette pour les employés les moins qualifiés. L’écart entre les catégories se creuse donc pendant que la moyenne s’améliore, et ce mouvement se produit à l’intérieur des mêmes entreprises.
Les contraintes physiques et leur répartition
Sur les contraintes physiques, l’écart atteint un niveau que peu de directions mesurent chez elles. 74 % des ouvriers peu qualifiés sont exposés à au moins trois contraintes physiques, contre 8 % des cadres, et ces deux niveaux restent quasi stables depuis 2016.
Le mouvement se situe ailleurs, dans les catégories intermédiaires. La part des professions intermédiaires exposées atteint 33 % en 2024, en hausse de deux points, celle des employés qualifiés 35 % avec quatre points de plus, et celle des employés peu qualifiés 61 % avec sept points supplémentaires. La dégradation touche donc les catégories situées entre les ouvriers et les cadres.
Ces chiffres portent sur l’ensemble des salariés français, et votre propre répartition peut différer sensiblement. Ils établissent néanmoins un fait utile à votre arbitrage : les catégories qui se dégradent sont précisément celles qui se trouvent sous la responsabilité directe de vos managers de proximité, et rarement sous celle d’un directeur.
Une précision de lecture s’impose sur ces catégories. La nomenclature des professions intermédiaires regroupe chez vous une part de vos techniciens, de vos agents de maîtrise et de vos premiers niveaux d’encadrement. La dégradation de deux points constatée sur ce groupe touche donc en partie vos propres managers de terrain, et pas seulement les salariés qu’ils encadrent.
L’autonomie progresse pour presque toutes les catégories
Sur l’autonomie, le constat suit la même forme. Le manque d’autonomie dans l’organisation du travail concerne 41 % des salariés en 2024 et recule de trois points depuis 2016, avec des baisses marquées chez les ouvriers peu qualifiés et chez les cadres. Une seule catégorie fait exception : les employés peu qualifiés, dont le manque d’autonomie augmente de quatre points.
La Dares relie cette exception à deux possibilités qui se réduisent : intervenir sur la quantité de travail demandée, et interrompre son travail. Lisez ces deux items comme des objets de gestion plutôt que comme des indicateurs. Accorder à un salarié la possibilité d’interrompre sa tâche relève d’une décision de planning, prise par son encadrant direct.
Vous tenez là le point de bascule de cette analyse. Les deux leviers qui se referment sur les employés peu qualifiés se manient au niveau de l’équipe, et personne au-dessus n’a décidé de les refermer. L’écart statistique que la Dares mesure au niveau national s’est constitué par des milliers d’arbitrages locaux que vos managers ont rendus seuls.
Cette lecture n’accuse pas vos encadrants, et elle désigne une délégation que votre direction a consentie sans la formuler. Un arbitrage rendu sans critère écrit produit mécaniquement de la dispersion entre équipes, quelle que soit la qualité des personnes qui le rendent. Le même défaut de critère se retrouve lorsque vos managers annoncent des refus qu’ils n’ont pas décidés sans disposer d’un motif à donner.
Qui rend les arbitrages qui produisent cet écart
Les ressources qui protègent un salarié des risques psychosociaux sont rares et se répartissent. Le délai supplémentaire accordé à l’un se retire à l’autre, la tâche intéressante confiée à l’un prive l’autre, et le soutien apporté un mardi matin ne se trouve pas ailleurs au même moment. Votre manager de proximité tient cette répartition.
Trois ressources arbitrées chaque semaine
Observez une semaine de travail d’un responsable d’équipe de douze personnes. Il répartit d’abord les délais, en décidant quelle commande attend et laquelle passe devant. Il répartit ensuite l’autonomie, en choisissant qui travaille sans contrôle et qui rend compte deux fois par jour. Il répartit enfin le soutien, en décidant chez qui il passe quand une difficulté remonte.
Ces trois décisions correspondent exactement à trois des six familles de facteurs de risques psychosociaux. Aucune ne figure dans une fiche de poste, aucune ne fait l’objet d’une règle écrite, et aucune ne remonte dans un tableau de bord. Elles se prennent en quelques secondes, plusieurs fois par jour, sur la base d’une appréciation personnelle.
Nos ateliers avec des managers de proximité font apparaître un critère de répartition que personne n’assume à voix haute : la capacité supposée de chacun à encaisser. Le manager accorde du délai à celui qu’il juge fragile, et il charge celui qu’il juge solide. Ce critère produit un écart cumulatif à l’intérieur d’une même équipe, puisque le salarié jugé solide reçoit chaque fois la contrainte supplémentaire.
Un arbitrage délégué sans règle écrite
Votre direction a délégué cette répartition sans jamais l’écrire, et ce silence s’explique. Une règle écrite sur la distribution de l’autonomie exposerait la direction à devoir la justifier, tandis qu’une appréciation locale reste inattaquable. Le manager hérite donc d’un pouvoir réel accompagné d’aucune doctrine.
Cette délégation implicite produit trois effets que nous constatons chez nos clients. Les écarts entre équipes comparables deviennent considérables, puisque chaque encadrant applique ses propres critères. Les salariés attribuent ces écarts à la personnalité de leur manager plutôt qu’à une politique d’entreprise. Vos indicateurs d’exposition, enfin, mesurent une somme d’arbitrages individuels que vous présentez comme une politique.
Un objet rend cette absence de doctrine visible chez vous : le planning hebdomadaire. Prenez deux équipes du même métier et comparez la dispersion des charges attribuées à chaque personne sur un trimestre. Un écart important entre les deux équipes révèle deux doctrines privées, et jamais une politique de prévention, situation que nous replaçons dans notre analyse de la charge portée par les managers de proximité.
Un contre-argument mérite d’être entendu : la souplesse locale permet de tenir compte de situations personnelles qu’aucune règle ne prévoit. Nous le constatons souvent, et la souplesse utile se distingue de l’absence de doctrine par un signe précis. Une équipe où la règle existe et où le manager l’écarte parfois en le disant diffère profondément d’une équipe où aucune règle n’a jamais été posée.
Ce que cet arbitrage coûte à vos managers
La fatigue d’un manager se raconte en volume de travail, et elle se produit largement ailleurs. Décider chaque jour qui supportera la contrainte, sans règle à invoquer et sans possibilité de s’en expliquer devant son équipe, constitue une charge distincte de la quantité de tâches à traiter.
La fatigue de décider pour autrui
Un manager qui dispose d’une règle écrite annonce une décision impopulaire en citant la règle. Un manager qui n’en dispose pas annonce la même décision en engageant sa personne, et il reçoit la réaction en retour comme une mise en cause personnelle. Le travail identique produit donc une usure très différente selon qu’un cadre existe ou non.
Nous entendons une phrase récurrente en atelier, que nous citons telle quelle : je passe mes journées à expliquer des décisions que je n’ai pas prises et à prendre celles que personne ne veut prendre. Cette formulation décrit précisément la position d’un arbitre sans code. Les deux moitiés de la phrase désignent deux problèmes distincts, et seule la seconde relève de ce que nous décrivons ici.
Un indice simple vous indique si vos managers se trouvent dans cette situation. Demandez à trois d’entre eux comment ils justifient un refus de congé en période tendue. S’ils citent un principe maison identique, vous disposez d’une doctrine. S’ils décrivent trois raisonnements personnels, chacun assume seul une décision qui engage votre entreprise.
Le refus croissant du rôle d’encadrement
Ce coût se lit désormais dans les intentions de carrière des cadres français. L’Apec documente dans son étude « Cadres et management » de janvier 2026 que la part de cadres souhaitant accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % à 34 % entre 2022 et 2025, avec un recul de seize points chez les moins de trente-cinq ans, de 63 % à 47 %.
Cette étude relève d’une enquête d’employeurs et de cadres plutôt que d’un travail évalué par les pairs, et la nuance compte ici : elle mesure des intentions déclarées et non des comportements observés. Le mouvement reste suffisamment net sur trois ans pour informer votre politique de relève managériale.
Lisez ce recul avec les éléments précédents. Un poste qui demande d’arbitrer la répartition de contraintes, sans règle à invoquer et sans marge sur les ressources à distribuer, offre peu d’attrait à un cadre qui observe la fonction depuis le poste voisin. Vos candidats internes refusent une position d’arbitre démunie bien plus qu’une charge de travail.
Testez cette hypothèse auprès de vos propres candidats déclinants. Demandez-leur ce qui les retient, puis écoutez la part de leur réponse qui porte sur des décisions à rendre sans appui. Nos entretiens de diagnostic font remonter cette dimension plus souvent que le volume horaire ou le niveau de rémunération.
Traiter l’exposition ou cadrer les arbitrages : comment choisir
Votre budget de prévention se place devant un choix réel. La première voie agit sur l’exposition elle-même, par la charge, les effectifs et les outils. La seconde agit sur la règle de répartition, en donnant à vos managers une doctrine écrite. Les deux voies coûtent des montants comparables et produisent des effets différents.
Deux approches de la prévention des risques psychosociaux
Par conséquent, le tableau ci-dessous compare les deux voies sur ce qui change votre décision : la nature de l’intervention, le délai d’effet et la condition de réussite. Aucune des deux ne dispense de l’autre, et leur ordre d’engagement détermine pourtant le résultat.
| Critère | Agir sur l’exposition | Cadrer les arbitrages |
|---|---|---|
| Nature de l’intervention | Renforcer les effectifs, revoir les charges, améliorer les outils et les locaux. | Écrire les règles de répartition des délais, de l’autonomie et du soutien, puis former les encadrants à les appliquer. |
| Délai d’effet | Plusieurs trimestres, le temps que les recrutements et les investissements produisent. | Quelques semaines, puisque la règle s’applique au prochain planning. |
| Condition de réussite | Une enveloppe budgétaire disponible et une direction prête à revoir ses objectifs de production. | Une direction prête à assumer par écrit des critères de répartition qu’elle laissait implicites. |
| Effet sur les managers | La charge diminue, et la position d’arbitre sans règle demeure intacte. | La charge demeure, et l’usure liée à la décision solitaire recule nettement. |
| Ce que la voie ne règle pas | Les écarts entre équipes comparables, qui persistent avec des moyens supplémentaires. | Un sous-effectif structurel, qu’aucune doctrine de répartition ne compense. |
La lecture de la dernière ligne tranche souvent le choix. Une entreprise en sous-effectif structurel doit commencer par la colonne de gauche, faute de quoi la doctrine écrite se réduira à répartir une pénurie. Une entreprise dont les moyens tiennent et dont les écarts entre équipes restent inexpliqués gagne en revanche à commencer par la colonne de droite.
Cinq questions pour situer votre entreprise
Vos enquêtes internes livrent des scores et jamais un diagnostic de répartition. Les cinq questions suivantes se traitent avec les données que vous détenez déjà, et elles orientent votre choix entre les deux colonnes.
- Vos scores d’exposition varient-ils davantage entre équipes du même métier qu’entre métiers différents ? Un écart intra-métier élevé désigne la répartition.
- Vos managers citent-ils une règle commune pour refuser un congé, accorder un délai ou confier une mission attractive ?
- La dispersion des charges à l’intérieur d’une équipe se mesure-t-elle quelque part, ou seulement la charge moyenne de l’équipe ?
- Votre indicateur d’exposition recalculé à structure d’effectifs constante confirme-t-il le progrès affiché ?
- Vos encadrants disposent-ils d’une marge réelle sur les ressources qu’ils répartissent, ou arbitrent-ils une enveloppe déjà insuffisante ?
La cinquième question conditionne les quatre autres, et nous la posons en premier dans nos diagnostics. Un manager sans marge se contente d’annoncer une décision déjà prise ailleurs. Lui donner une doctrine de répartition dans cette situation revient à lui demander de justifier une pénurie, exercice qui aggrave son exposition au lieu de la réduire.
Retour d’expérience Glukoze
Deux équipes, le même métier, deux doctrines privées
Une entreprise de services nous appelle après une enquête interne dont les résultats la déconcertent. Deux équipes de même taille, même métier et même charge affichent des scores de tension séparés de plus de vingt points. La direction cherche d’abord l’explication du côté du management toxique, hypothèse que les entretiens écartent rapidement.
Nous comparons les plannings des deux équipes sur un trimestre. La première répartit les tâches difficiles à tour de rôle, selon une règle que la responsable applique depuis quatre ans sans l’avoir écrite. La seconde confie systématiquement les dossiers sensibles aux trois personnes les plus expérimentées, choix défendable que personne n’a jamais discuté. Les scores dégradés se concentraient sur ces trois personnes, et la moyenne de l’équipe les diluait.
Comparez la dispersion des charges à l’intérieur de vos équipes avant d’interpréter un score moyen. Deux doctrines privées produisent des écarts qu’aucune politique de prévention ne corrige tant qu’elles restent non écrites.
Donner un cadre écrit aux arbitrages de vos managers
Un cadre écrit de répartition énonce les critères selon lesquels les délais, l’autonomie et le soutien se distribuent dans une équipe. Il tient en une page, il se discute avec les représentants du personnel, et il transforme une appréciation personnelle en règle d’entreprise opposable.
Ce qu’un cadre écrit retire et ce qu’il apporte
Commencez par le prix, car il se paie immédiatement. Vos managers perdent une latitude qu’ils apprécient, celle d’adapter la répartition à leur lecture personnelle de chaque situation. Certains la défendront avec des arguments sérieux, et leur expérience leur permet effectivement des ajustements qu’aucune règle ne prévoit.
Ce qu’ils obtiennent en échange se mesure sur deux plans. Ils annoncent les décisions impopulaires en citant un critère commun, ce qui déplace la contestation de leur personne vers la règle. Ils disposent par ailleurs d’un argument pour remonter un arbitrage impossible, puisqu’une situation que la règle ne couvre pas devient un sujet de direction.
Notre expérience montre que la rédaction de ce cadre se heurte moins aux managers qu’à la direction elle-même. Écrire que les dossiers sensibles se confient à tour de rôle engage l’entreprise sur un niveau de risque opérationnel accepté. Cet engagement explique pourquoi ces documents restent si rares, et pourquoi leur discussion vaut la peine d’être menée.
Les décisions à remonter d’un niveau
Ensuite, certaines décisions ne devraient jamais rester au niveau de l’équipe, et un cadre écrit sert d’abord à les identifier. Nous en relevons régulièrement trois dans nos diagnostics, et elles reviennent d’un secteur à l’autre avec une constance frappante.
- L’arbitrage entre la qualité attendue et le délai annoncé au client, quand les deux deviennent incompatibles.
- La répartition durable d’une surcharge liée à un poste non remplacé, qui engage l’entreprise au-delà de quelques semaines.
- Le refus d’une demande d’aménagement liée à la santé ou à la situation familiale d’un membre de l’équipe.
Ces trois décisions partagent une caractéristique : elles engagent l’entreprise et se prennent aujourd’hui par un encadrant sans mandat écrit. Les remonter d’un niveau allège vos managers sans rien retirer à leur autorité quotidienne. Vous récupérez en échange la visibilité sur des arbitrages dont vous assumez déjà la responsabilité juridique.
La remontée demande toutefois une contrepartie que votre direction doit accepter. Un arbitrage remonté exige une réponse dans un délai utile, faute de quoi le manager reprend la décision par défaut et apprend que la procédure ne sert à rien. Nous recommandons un délai de réponse annoncé par écrit, car ce délai détermine à lui seul la crédibilité du dispositif.
Commencez par une seule des trois décisions plutôt que par les trois à la fois. Le choix se porte naturellement sur celle qui a produit le dernier conflit chez vous, puisque son intérêt se démontre alors sans argumentaire.
Regardez d’abord où se situe le blocage
Vos managers arbitrent-ils une marge réelle ou une pénurie ? Identifiez le niveau hiérarchique qui retient vos décisions et lisez notre analyse de l’efficacité d’un parcours managérial sur le second cercle avant d’engager un budget de prévention.
Comment nous pouvons vous aider à cadrer ces arbitrages
Glukoze conduit des diagnostics managériaux et des parcours qui portent sur les décisions réellement rendues par vos encadrants. Nous travaillons sur vos plannings, vos règles implicites et vos écarts entre équipes, plutôt que sur un référentiel de compétences théoriques.
Un diagnostic de répartition
Notre diagnostic compare la dispersion des charges entre équipes comparables et reconstitue les critères de répartition appliqués par chaque encadrant. Vous obtenez une cartographie des doctrines privées en vigueur chez vous, et la liste des arbitrages qui remontent d’un niveau. Ce travail se mène en quelques jours sur vos données existantes.
Nos parcours managériaux prennent ensuite le relais sur les décisions identifiées, avec vos plannings et vos cas réels. Nos communautés de managers maintiennent la discussion entre pairs sur les situations que la règle ne couvre pas, et cette discussion continue constitue la part la plus utile du dispositif.
Des formats proportionnés à votre situation
Une entreprise en sous-effectif structurel tire peu de bénéfice d’un parcours managérial, et nous le disons avant de vendre quoi que ce soit. Un diagnostic seul convient alors pour documenter l’écart entre les moyens et les objectifs. Un parcours complet se justifie quand la marge existe et que les écarts entre équipes restent inexpliqués.
Nos journées inspirantes et nos conférences ouvrent le sujet devant un collectif large, utile quand la direction doit d’abord accepter l’idée d’écrire ses critères. Vous pouvez également commencer par une revue de vos enquêtes internes, replacée dans les tendances que décrit notre dossier sur l’évolution du management.
Les risques psychosociaux se répartissent avant de se mesurer
Les moyennes nationales s’améliorent, les écarts entre catégories se creusent, et ces deux mouvements coexistent dans les mêmes entreprises. Votre tableau de bord enregistre le résultat, tandis que la décision qui le produit se prend dans un couloir, en quelques secondes, par un responsable d’équipe qui choisit à qui il accorde du délai.
Écrivez la règle de cette répartition, et vous transformez une appréciation personnelle en politique assumée. Vos managers y gagnent un argument à citer, vos équipes une explication vérifiable, et votre direction la visibilité sur ce qu’elle délègue. Les risques psychosociaux se répartissent avant de se mesurer, et cette répartition vous appartient.
Questions fréquentes sur les risques psychosociaux
Quels sont les six facteurs de risques psychosociaux ?
L’INRS retient l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie, les rapports sociaux au travail dégradés, les conflits de valeurs et l’insécurité de la situation de travail. Ce regroupement s’appuie sur les travaux du collège d’expertise animé par Michel Gollac et Marceline Bodier.
Les risques psychosociaux augmentent-ils en France ?
Les expositions reculent en moyenne entre 2016 et 2024 selon la Dares, et elles se dégradent pour les employés peu qualifiés. Une partie du progrès moyen vient du changement de structure des effectifs, la part des cadres passant de 18 % à 24 % sur la période.
Pourquoi deux équipes du même métier obtiennent-elles des scores très différents ?
Chaque encadrant applique ses propres critères pour répartir les délais, l’autonomie et le soutien, en l’absence de règle écrite. Comparez la dispersion des charges à l’intérieur de chaque équipe, et l’écart apparaît le plus souvent entre deux doctrines de répartition.
Faut-il former les managers à la prévention des risques psychosociaux ?
Une formation produit peu d’effet quand le manager arbitre une enveloppe déjà insuffisante. Vérifiez d’abord sa marge réelle sur les ressources qu’il répartit, puis donnez-lui une règle écrite à appliquer et à citer devant son équipe.
Quelles décisions un manager de proximité ne devrait-il pas prendre seul ?
L’arbitrage entre qualité et délai client quand les deux deviennent incompatibles, la répartition durable d’une surcharge liée à un poste non remplacé et le refus d’un aménagement lié à la santé engagent l’entreprise. Ces trois décisions remontent d’un niveau.


