des collaborateurs réunis autour d'une table de travail devant un tableau noir intitulé campus de la connaissance

Transfert de compétences : l’accès compte plus que le catalogue

Un dispositif de transfert ouvert à tous distribue ses places à ceux qui accèdent déjà le plus à la formation. Les mesures du Céreq et de l'Insee chiffrent cet écart, et la correction tient en trois décisions administratives : attribuer les places, décompter les heures, suivre l'écart entre catégories.

« Le catalogue est ouvert à tout le monde. » La directrice du développement des compétences d’un groupe de services nous répond cela quand nous lui demandons qui se forme réellement chez elle. Son tableau de bord dit autre chose : la quasi-totalité des inscrits de l’année portent le statut cadre, et les équipes de production n’y figurent presque pas.

Un dispositif ouvert ne distribue pas ses places au hasard, car il les distribue à ceux qui disposent du temps, de la légitimité et du réseau nécessaires pour les demander. Le transfert de compétences se juge donc d’abord sur la liste de ses bénéficiaires, avant de se juger sur la qualité de ses contenus. Vous arbitrez cette liste chaque année, souvent sans le décider explicitement, en choisissant d’ouvrir vos dispositifs plutôt que d’y attribuer des places.

campus de la connaissance en entreprise, même les PME
Le dispositif ouvert Ce que l’ouverture produit Le déplacement Glukoze
Le transfert de compétencesLe transfert de compétences désigne l’organisation par laquelle un savoir détenu par quelques personnes devient disponible pour celles qui en ont besoin. Les entreprises l’installent sous forme de catalogue, d’université interne ou de communauté de pairs, et l’ouvrent à l’ensemble des salariés. La reproduction de l’écartUn dispositif ouvert est capté par les catégories qui accèdent déjà le plus à la formation. Les salariés les mieux dotés en temps, en légitimité et en réseau s’inscrivent les premiers, si bien que le dispositif creuse l’écart qu’il devait réduire. Attribuer les places plutôt que les ouvrirLa qualité d’un dispositif de transfert se lit dans la liste nominative de ses bénéficiaires, pas dans son catalogue. Attribuer les places à des catégories identifiées, sur du temps de travail décompté, transforme une intention d’accès en accès réel.

Ce que recouvre le transfert de compétences dans une entreprise

Le transfert de compétences désigne l’ensemble des opérations par lesquelles un savoir détenu par quelques personnes devient utilisable par d’autres. Il couvre trois objets distincts : la transmission d’un savoir-faire technique, la circulation d’une pratique entre équipes et la reprise d’un poste par un successeur. Ces trois objets ne se pilotent pas de la même manière.

Les trois objets distincts du transfert de compétences

Concrètement, les trois objets diffèrent par leur horizon et par leur bénéficiaire. Confondre les trois produit des dispositifs qui ratent leur cible, puisque chacun suppose un dispositif, une durée et un décompte de temps différents. Vos arbitrages budgétaires gagnent à les séparer dès la construction du plan.

  1. La transmission d’un savoir-faire technique porte sur un geste, un réglage ou une procédure que peu de personnes maîtrisent. Elle se joue entre deux personnes, sur le poste de travail, et son échéance est celle du départ du détenteur.
  2. La circulation d’une pratique porte sur une manière de faire qu’une équipe a mise au point et que d’autres pourraient reprendre. Elle se joue entre collectifs, demande un lieu de rencontre et bute le plus souvent sur l’absence d’occasion plutôt que sur la mauvaise volonté.
  3. La reprise d’un poste porte sur l’ensemble du périmètre d’une personne, ses dossiers, ses interlocuteurs et ses engagements, ce que nous traitons dans notre article sur la transmission des savoirs en entreprise et la réserve d’apprentissage qu’elle suppose. Elle se joue sur plusieurs mois et constitue le seul des trois objets que les entreprises outillent sérieusement, parce qu’un départ en retraite se voit arriver dans les tableaux d’effectifs.

Cette inégalité de traitement entre les trois objets explique une grande part de la déception que vous observez. La reprise de poste bénéficie d’une échéance visible, donc d’un budget, tandis que la circulation d’une pratique n’a ni date ni propriétaire. Faute de date, elle reste à l’état d’intention pendant des années, alors même que votre entreprise se décrit volontiers comme une organisation apprenante et les règles qu’elle aurait dû retirer.

La différence de nature entre le catalogue et le transfert entre pairs

Une formation au catalogue délivre un contenu stabilisé, validé en amont, identique pour tous les participants. Le transfert entre pairs délivre autre chose. Il met en circulation un savoir construit dans la situation de travail, qui n’existe nulle part sous forme écrite parce que personne ne l’a jamais formalisé. La différence porte sur la nature même du savoir, donc sur ce que vous pouvez en attendre.

Cette distinction éclaire une tension que vos équipes formation connaissent bien. Un contenu stabilisé se contrôle, se mesure et se certifie, alors qu’un savoir en circulation reste difficile à tracer. Les directions choisissent donc le contenu stabilisé par défaut, non parce qu’il répond mieux au besoin, mais parce qu’il produit des preuves exploitables en revue de performance.

L’idée que la connaissance constitue la ressource centrale de l’entreprise circule depuis longtemps. Peter Drucker, théoricien du management américain, décrit dans The Age of Discontinuity, paru en 1969, l’avènement d’une société où le savoir prend la place du capital matériel, et il forge la figure du travailleur du savoir qu’il oppose à la main d’œuvre industrielle. Soixante ans plus tard, les entreprises ont intégré l’idée dans leur discours et très peu dans leur comptabilité du temps.

Le Forum économique mondial donne la mesure de l’enjeu dans son rapport sur l’avenir de l’emploi publié en 2025 : 39 % des compétences actuelles des salariés seront transformées ou rendues obsolètes sur la période 2025-2030, et les écarts de compétences constituent le premier obstacle à la transformation pour 63 % des employeurs interrogés. Ce rapport internationalise le constat, donc il ne dit rien de la situation française en particulier.

Le même rapport porte une donnée que les plans de formation citent rarement. Sur cent travailleurs, cinquante-neuf auront besoin d’une formation d’ici 2030, et onze d’entre eux ne la recevront probablement pas. Le chiffre de l’obsolescence et celui du non-accès viennent de la même page, pourtant les comités de pilotage ne retiennent que le premier.

L’héritage de l’université d’entreprise et ses quatre limites de conception

L’université d’entreprise a installé un modèle précis : un centre valide le savoir, le diffuse vers la périphérie, le conserve dans ses murs et le réserve aux organisations capables d’en porter le coût. Ces quatre traits relèvent de la conception du modèle plutôt que de son exécution, et ils expliquent pourquoi tant de dispositifs déçoivent malgré des intervenants de qualité.

Crotonville, le modèle patrimonial et sa revente

Tout commence en 1956 à Crotonville, dans l’État de New York, où General Electric inaugure le premier campus d’entreprise dédié à la formation de ses dirigeants. Le lieu compte environ deux cent cinquante chambres et un héliport, et il devient sous la direction de Jack Welch l’endroit où se fabrique la culture managériale du groupe. Pendant quarante ans, les directions du monde entier copient ce modèle et construisent leur propre campus.

La suite de l’histoire est plus instructive que son commencement. Après le démantèlement de General Electric en trois sociétés distinctes, le campus historique a été vendu en mars 2024 pour vingt-deux millions de dollars, après quatre cent quatre-vingt-treize jours sur le marché, d’après la presse immobilière spécialisée, faute de source primaire publiée par le vendeur. La même reprise signale que 3M cherche à céder son centre de Wonewok et Boeing son campus de Florissant.

Ces cessions américaines ne se transposent pas directement au tissu français, puisque les durées de carrière et les mécanismes de financement y diffèrent. Elles signalent toutefois une chose utile pour vos arbitrages : un campus détenu en propre suppose que l’entreprise récupère son investissement sur la durée de présence de ses cadres. Quand cette durée se raccourcit, l’actif immobilier devient un coût fixe sans contrepartie.

Les quatre limites qui tiennent à la conception du modèle

infographie détaillant les quatre limites de conception de l’université d’entreprise

En pratique, les quatre limites se repèrent dans n’importe quel dispositif descendant, quelle que soit la qualité de ses intervenants. Elles ne proviennent pas d’un défaut d’exécution, puisqu’un dispositif parfaitement exécuté les porte toutes les quatre. Les voici telles que nous les observons en mission.

  • La validation centrale : un service central décide ce qui constitue un savoir légitime, donc tout savoir né sur le terrain attend une validation pour entrer au catalogue, et beaucoup ne l’obtiennent jamais.
  • La clôture sur l’interne : le savoir reste dans les murs, ce qui protège la confidentialité et prive les équipes des pratiques voisines, y compris celles d’entreprises non concurrentes.
  • Le catalogue figé : l’offre se construit un an à l’avance, alors que les besoins se déplacent en quelques mois, de sorte que les sessions les plus demandées portent sur des sujets déjà traités autrement par les équipes.
  • Le seuil de taille : le modèle suppose un volume de participants et une ingénierie internes que seules les grandes organisations financent, donc il laisse de côté la majorité des employeurs français.

Cette dernière limite mérite un chiffre, car elle décide du périmètre de tout ce qui suit. Les très petites entreprises représentent, d’après le Céreq, 84 % des employeurs du secteur privé, 23 % des salariés et seulement 10 % des salariés formés. Un modèle réservé aux grandes organisations laisse donc hors champ la quasi-totalité des employeurs du pays.

Le même travail du Céreq, signé Jean-Marie Dubois et bâti sur l’enquête Formation Employeur coproduite avec la Dares et France compétences, chiffre l’écart de pratique. En 2021, 25 % des très petites entreprises ont formé au moins un salarié par cours ou stage, contre 62 % des entreprises de dix à quarante-neuf salariés et 97 % de celles de deux cent cinquante salariés et plus. Le seuil de taille structure l’accès, et il le structure avant toute considération pédagogique.

Qui accède réellement au transfert de compétences en France

Les mesures françaises convergent sur un point : l’accès à la formation et au transfert varie d’un facteur deux selon la catégorie professionnelle et d’un facteur trois selon la taille de l’entreprise. Ces écarts existaient avant vos dispositifs et ils leur survivent. Ils constituent le point de départ de tout arbitrage sérieux.

L’écart selon la catégorie professionnelle

Le Céreq a publié en juin 2026 un travail d’Agnès Checcaglini et de Pauline Seiller qui donne les taux d’accès aux cours et stages par catégorie, sur les données 2020 de l’enquête Formation Employeur. Les écarts sont nets : 36 % pour les ouvriers, 49 % pour les techniciens et 54 % pour les cadres, les employés affichant le taux le plus faible avec 31 %.

La Dares complète ce tableau par une mesure de ce que les salariés apprennent effectivement dans leur travail, ce qui constitue le cœur du transfert entre pairs. Dans son analyse publiée le 9 septembre 2026 sur les enquêtes Conditions de travail 2016 et 2024-2025, elle relève que le manque de capacité de développement recule de sept points en moyenne pour l’ensemble des catégories, donc que la situation s’améliore globalement.

Cette amélioration moyenne cache une situation qui doit retenir votre attention. Les ouvriers peu qualifiés demeurent les plus exposés, puisque un sur deux n’apprend pas de choses nouvelles et ne peut pas développer ses compétences au travail. La moitié d’une catégorie entière reste hors de tout apprentissage, dans des entreprises qui disposent pourtant d’un plan de formation et parfois d’une université interne.

L’écart selon la taille de l’entreprise

Le second écart est plus violent que le premier et il est moins commenté. Le Céreq établit qu’un ouvrier a 5,3 fois plus de chances de se former dans une entreprise de plus de mille salariés que dans une entreprise de moins de dix, et précise que cet écart constitue le plus fort de toutes les catégories socioprofessionnelles. Autrement dit, l’adresse de l’employeur pèse plus lourd que le métier du salarié dans la probabilité de se former.

Le taux d’accès aux cours et stages traduit la même réalité : 19 % dans les très petites entreprises contre 69 % dans celles de deux cent cinquante salariés et plus. La formation en situation de travail suit la même pente, puisqu’elle est utilisée par 10 % des très petites entreprises contre 41 % des grandes. Même le dispositif le plus adapté aux petites structures y reste rare.

Une nuance mérite d’être relevée, car elle ouvre une piste pour la suite. Parmi les très petites entreprises qui forment, l’intensité est forte : elles forment 59 % de leurs salariés et comptent quarante heures par stagiaire, contre vingt-sept heures au-delà de cinquante salariés. Le problème des petites structures porte sur le franchissement du seuil d’entrée plutôt que sur leur appétence pour la formation.

Ce qu’un taux d’accès mesure et ce qu’il laisse de côté

L’Insee publie chaque année, sur l’enquête Formation Employeur, les trois indicateurs que vos directions financières connaissent : un taux de participation financière de 3,7 % de la masse salariale, un taux d’accès annuel de 41 % des salariés et trente heures de formation par salarié formé, sur les données provisoires 2023. Le détail sectoriel va de 14 % d’accès dans l’hébergement-restauration à 77 % dans les activités financières et d’assurance.

Ces trois indicateurs pilotent la plupart des plans de formation français, et aucun des trois ne dit qui se forme. Un taux d’accès de 41 % se compose aussi bien d’une entreprise qui forme 41 % de ses salariés tous les ans que d’une entreprise qui forme les mêmes 41 % pendant dix ans. Les deux situations produisent le même chiffre et deux organisations radicalement différentes.

Le constat vaut aussi à l’échelle européenne. Eurofound, agence de l’Union européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, relève dans son enquête 2024 menée auprès de 36 644 salariés de trente-cinq pays que la formation financée par l’employeur touche 62 % des salariés des services financiers et de l’administration publique, et un tiers ou moins dans le commerce, l’hôtellerie-restauration et l’agriculture.

Pourquoi un dispositif ouvert à tous reproduit l’écart d’accès

Un dispositif ouvert fonctionne par candidature spontanée, donc il sélectionne ceux qui savent qu’il existe, qui disposent du temps de s’y inscrire et dont l’absence au poste ne bloque personne. Ces trois conditions sont inégalement réparties dans votre organisation. L’ouverture distribue les places le long de ces inégalités.

Le temps, la légitimité et le réseau décident de l’inscription

Prenons le premier filtre, celui du temps. Un cadre d’un service support peut déplacer une réunion pour assister à un atelier de deux heures, alors qu’un opérateur en équipe de production ne peut pas quitter son poste sans qu’un remplaçant soit prévu et payé. Le dispositif est ouvert aux deux, et seul le premier peut en franchir la porte.

Le deuxième filtre tient à la légitimité ressentie. S’inscrire à un atelier de transmission suppose de se considérer comme détenteur d’un savoir ou comme légitime à en demander un, et cette conviction est elle-même distribuée par le statut. Les salariés dont le métier n’a jamais été présenté comme un savoir hésitent à se déclarer détenteurs d’un savoir, phénomène proche de celui que décrit notre analyse de la formation ponctuelle et de son remplacement par un apprentissage continu.

Le troisième filtre est le réseau. Une place dans un dispositif se connaît par un collègue, un manager ou une conversation de couloir, bien avant de figurer dans une communication officielle. Les salariés les plus éloignés des circuits d’information apprennent l’existence du dispositif au moment où les places sont prises.

Ces trois filtres se cumulent et se renforcent, puisqu’ils désignent souvent les mêmes personnes. Un salarié qui dispose de temps appartient généralement à une catégorie dont le savoir est reconnu et qui se tient près des circuits d’information. La sélection par candidature spontanée concentre donc trois avantages sur une même population.

Le coût de l’ouverture pour les catégories qui en ont le plus besoin

Le coût dépasse le simple manque à gagner, puisque l’ouverture produit un effet actif. Quand un dispositif ouvert tourne pendant trois ans avec la même population, il fabrique la preuve que les autres catégories ne sont pas intéressées. Vos tableaux de bord enregistrent une absence de demande, alors qu’ils enregistrent une absence de conditions.

Cette preuve fabriquée sert ensuite d’argument budgétaire. L’année suivante, le dispositif se recentre sur les populations qui l’utilisent, ce qui améliore ses indicateurs de satisfaction et de remplissage. Le dispositif devient alors excellent sur un périmètre qui se resserre, et vos arbitrages se durcissent sur la base de données qu’il a lui-même produites.

La Dares donne un ordre de grandeur de ce que vous laissez sur la table. Le manque de marge de manœuvre dans la réalisation des tâches reste stable à 31 % des salariés en 2024, et cette stabilité recouvre une dégradation chez les employés peu qualifiés, de cinq points, notamment parce qu’ils ne règlent plus eux-mêmes les incidents. Les personnes qui ne règlent plus les incidents cessent aussi d’apprendre par eux.

Voilà le mécanisme complet, et il mérite d’être posé en une phrase : un dispositif ouvert transforme une inégalité d’accès en absence de demande, puis cette absence de demande en décision budgétaire. Un tel dispositif rend l’inégalité légitime au lieu de la réduire. C’est à ce titre qu’il mérite votre attention plus que son contenu pédagogique.

L’attribution des places de transfert de compétences, décision par décision

L’alternative à l’ouverture tient en trois décisions administratives : désigner les catégories bénéficiaires avant de choisir les thèmes, décompter le temps de transfert comme du temps de travail, et suivre l’écart entre catégories plutôt que le volume global. Ces trois décisions coûtent de l’argent et des arbitrages difficiles, et elles n’exigent aucun outil nouveau.

Désigner les bénéficiaires avant de choisir les thèmes

La construction habituelle d’un plan part des sujets, puisqu’un besoin remonte, un thème se dessine et une session s’ouvre. Renversez l’ordre et commencez par la liste des catégories dont le taux d’accès est le plus faible chez vous. Le thème se déduit ensuite de ce que ces catégories ont besoin d’apprendre, ce qui change radicalement le catalogue.

Cette inversion a un coût politique immédiat, et il faut l’assumer devant vos dirigeants. Attribuer des places revient à en refuser à des salariés qui les demandent, souvent des cadres, souvent les plus visibles. Un dispositif qui attribue produit donc des mécontents identifiables, là où un dispositif ouvert produit des absents anonymes.

Nous observons que cet arbitrage se tient mieux quand il est écrit et daté. Une note qui indique que les places de l’année sont réservées à deux catégories identifiées, pour une durée précisée, déplace la discussion du mérite individuel vers la décision d’entreprise. Sans écrit, l’arbitrage se renégocie à chaque inscription refusée.

Décompter le temps de transfert comme du temps de travail

Le transfert entre pairs échoue le plus souvent sur une question de planning plutôt que de pédagogie. Tant que l’atelier se tient en plus du travail, il reste accessible aux seuls salariés dont la charge est élastique. Inscrire les heures de transfert dans le planning de production, avec le remplacement correspondant, supprime le premier des trois filtres.

Ce décompte vaut aussi pour le transmetteur, et cette moitié du sujet est régulièrement oubliée. La personne qui transmet un savoir-faire technique cesse pendant ce temps de produire, donc son service encaisse le coût pendant qu’un autre service encaisse le bénéfice. Faute d’imputation claire, les managers de proximité arbitrent contre le transfert, en toute rationalité.

Le Céreq relève d’ailleurs que la formation en situation de travail, celle qui demande le moins d’ingénierie, reste utilisée par 10 % seulement des très petites entreprises. Le frein tient à la disponibilité des personnes pendant les heures ouvrées, puisqu’il s’agit par ailleurs du dispositif le plus simple à installer.

Suivre l’écart entre catégories plutôt que le volume global

Le relevé à tenir existe déjà dans vos systèmes, donc vous n’avez rien à construire. Votre déclaration annuelle contient le taux d’accès par catégorie socioprofessionnelle, et la comparaison entre la catégorie la mieux servie et la moins bien servie se calcule en une minute. Suivez cet écart année après année, et le dispositif devient pilotable.

Un volume global progresse facilement sans que l’écart bouge, ce qui explique le confort de l’indicateur de volume. Vous pouvez augmenter de 20 % le nombre d’heures et creuser l’écart dans le même mouvement, puisqu’il suffit que les heures supplémentaires aillent aux catégories déjà servies. L’écart, lui, se dégrade visiblement dès que l’attribution dérape.

Nous ajoutons un second relevé, plus inconfortable et tout aussi disponible : la liste des personnes qui ont transmis au moins une fois dans l’année. Dans la plupart des organisations, cette liste tient sur une demi-page et porte toujours les mêmes noms. Elle vous indique la capacité réelle de transmission de votre entreprise, qui plafonne bien avant le budget.

Vos savoirs circulent-ils vraiment entre vos équipes ?

Mesurez d’abord ce qui bloque la circulation avant d’ouvrir un dispositif. Lisez notre analyse de la circulation des savoirs dans une équipe et des conditions qui la rendent possible pour identifier les points de blocage chez vous.

Comment choisir entre catalogue, formation en situation de travail et transfert entre pairs

Trois familles de dispositifs coexistent et répondent à des besoins distincts. Le catalogue délivre un contenu stabilisé, la formation en situation de travail outille un apprentissage sur le poste, le transfert entre pairs met en circulation un savoir non formalisé. Le critère de choix porte sur la nature du savoir visé, avant toute question de budget.

Trois dispositifs et ce que chacun atteint réellement

Comparons-les sur les quatre critères qui décident de leur efficacité chez vous : la nature du savoir qu’ils transportent, la population qu’ils atteignent en pratique, le temps qu’ils immobilisent et la trace qu’ils laissent. Les chiffres de taux d’accès cités plus haut alimentent la deuxième colonne, qui est la plus souvent escamotée dans les présentations de prestataires.

CritèreCatalogue de formationFormation en situation de travailTransfert entre pairs
Nature du savoirContenu stabilisé, validé en amont, identique pour tousGeste et procédure attachés à un poste identifiéPratique construite par une équipe, jamais formalisée
Population réellement atteinteCadres et techniciens d’abord, 54 % et 49 % d’accès contre 36 % pour les ouvriersSalariés des grandes structures, 41 % des entreprises de 250 salariés et plus contre 10 % des très petitesLes membres des réseaux internes existants, sauf attribution explicite des places
Temps immobiliséSession hors poste, trente heures par salarié formé en moyenneHeures de production du salarié et de son tuteurHeures du transmetteur, rarement décomptées
Trace laisséeAttestation, évaluation, preuve exploitable en revueDossier de formation et grille de progressionAucune trace par défaut, donc aucune preuve budgétaire
Point de ruptureDécalage entre le catalogue et le besoin du momentCharge d’ingénierie pour les petites structuresSaturation des quelques personnes qui transmettent

La lecture du tableau fait apparaître une complémentarité, pas une hiérarchie. Le catalogue reste le bon dispositif pour un savoir réglementaire, car vous avez besoin de la preuve. Le transfert entre pairs devient le seul dispositif praticable quand le savoir visé n’existe sous forme écrite nulle part, ce qui concerne la majeure partie des savoirs de production.

Quels critères pour arbitrer un investissement de transfert

Quatre questions suffisent à trancher, et elles se posent dans cet ordre précis : la nature du savoir, le nombre de ses détenteurs, la catégorie visée et l’imputation des heures. Posez-les avant de consulter un prestataire, puisque leurs réponses déterminent le type de dispositif à acheter et pas seulement son volume.

  1. Le savoir visé existe-t-il sous forme écrite quelque part ? Si la réponse est oui, un catalogue suffit et coûte moins cher qu’un dispositif de transfert.
  2. Combien de personnes détiennent ce savoir aujourd’hui ? En dessous de cinq, votre sujet porte sur la dépendance à quelques personnes avant de porter sur la pédagogie.
  3. Quelle catégorie professionnelle doit en bénéficier ? Si la réponse ne cite pas une catégorie précise, le dispositif sera capté par celle qui accède déjà le plus.
  4. Qui paie les heures du transmetteur ? Sans réponse écrite à cette question, le dispositif s’arrêtera au premier trimestre chargé.

La quatrième question est celle qui fait le plus souvent échouer les projets, et elle n’apparaît dans aucun cahier des charges. Un dispositif de transfert déplace une charge d’un service vers un autre, sans que le système d’imputation suive ce déplacement. Tranchez cette imputation avant la première session, car elle ne se tranche plus après.

Le coût du transfert de compétences et ses sources de financement

Le financement mutualisé français repose sur des montants considérables et sur des dispositifs peu adaptés au transfert entre pairs. Les fonds vont massivement à l’apprentissage et aux formations certifiantes, pendant que la transmission interne reste financée sur la masse salariale. Cette asymétrie oriente vos choix sans que personne ne la décide.

Les ordres de grandeur du financement de la formation en France

France compétences, l’établissement public chargé de la régulation et du financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage, publie chaque année un rapport sur l’usage des fonds. L’édition 2025, parue le 26 février 2026, établit que 21,61 milliards d’euros ont été engagés en 2024, en baisse de 1,7 % par rapport à 2023, dont trois milliards consacrés aux dispositifs de formation des salariés.

Ce dernier chiffre mérite d’être lu attentivement, car il porte le périmètre qui vous concerne. Sur les 21,61 milliards engagés, la part dédiée aux dispositifs de formation des salariés en poste représente environ un septième du total. Le reste finance principalement l’apprentissage et les publics en recherche d’emploi, ce qui relève d’un choix de politique publique plutôt que d’un arbitrage d’entreprise.

Rapportez maintenant ce montant à l’effort direct des entreprises, qui atteint 3,7 % de la masse salariale d’après l’Insee. L’essentiel du financement du transfert interne sort donc de votre propre masse salariale, sous forme d’heures, plutôt que d’un fonds mutualisé. Cette réalité comptable explique pourquoi la question du décompte des heures décide de tout le reste.

Pourquoi les heures de transmission restent hors des dispositifs de financement

Un dispositif financé suppose un référentiel, une durée et une évaluation, ce qui convient parfaitement à une action certifiante. Le transfert d’une pratique entre deux équipes ne possède aucun de ces trois attributs au moment où il devient utile, puisqu’il porte sur un savoir qui n’a pas encore été formalisé. Formaliser pour financer prend plus de temps que le besoin n’en laisse.

Le Céreq observe d’ailleurs que l’action de formation en situation de travail, le cadre juridique conçu pour financer précisément ce type d’apprentissage, reste quasi inexistante dans les petites structures, probablement en raison de ses contraintes de mise en œuvre. Le dispositif existe, il est financé, et la charge administrative qu’il impose le rend inaccessible à ceux qui en auraient le plus besoin.

Deux conduites s’ouvrent à vous dans ce contexte, et nous les voyons coexister chez nos clients. La première consiste à financer le transfert sur la masse salariale en l’assumant comme un coût de production, ce qui demande un arbitrage explicite de direction générale et une ligne budgétaire identifiée.

La seconde consiste à mutualiser le dispositif entre plusieurs entreprises pour amortir la charge d’ingénierie, ce qui fait l’objet de la section suivante. Entre les deux, une troisième voie consiste à adosser le transfert à un dispositif certifiant déjà financé, en acceptant que le périmètre du savoir visé se réduise à ce que le référentiel accepte. Cette dernière solution rassure vos contrôleurs de gestion et laisse hors champ la plus grande partie des savoirs de production.

Comment mutualiser un dispositif de transfert entre plusieurs entreprises

La mutualisation répond au seuil de taille, qui constitue la quatrième limite de conception du modèle historique. Plusieurs entreprises d’un même territoire ou d’une même filière partagent la charge d’ingénierie, le coût d’animation et la diversité des savoirs disponibles. Les écueils portent sur le choix des partenaires et sur l’identité de l’animateur.

Pourquoi une petite entreprise ne porte pas seule un dispositif

Les chiffres du Céreq donnent la raison, et elle est arithmétique. Une entreprise de six à neuf salariés qui veut organiser un transfert interne dispose au mieux de deux détenteurs d’un savoir donné, donc elle n’a pas de masse critique d’apprenants ni de redondance en cas de départ. Le taux de formation de ces structures atteint 46 %, contre 16 % pour celles d’un seul salarié.

La mutualisation change deux termes de l’équation en même temps. Elle produit un groupe d’apprenants suffisant pour qu’une session se tienne, et elle élargit le gisement de savoirs au-delà de ce qu’une seule entreprise détient. Un atelier qui rassemble quatre entreprises d’une même filière met autour de votre table quatre manières de résoudre le même problème de production.

Un effet secondaire mérite d’être signalé, car il surprend souvent nos interlocuteurs. L’ouverture vers l’extérieur rend le transfert plus acceptable en interne, puisqu’un savoir validé par des pairs d’autres entreprises échappe aux rivalités de service. Le salarié qui refuse d’apprendre du service voisin accepte volontiers d’apprendre d’un homologue d’une autre société.

Comment choisir ses partenaires et son animateur

Le critère de sélection le plus robuste tient en deux conditions : la non-concurrence sur le même marché, et la similitude des métiers. Deux entreprises qui se disputent les mêmes clients ne transmettront rien, alors que deux entreprises du même métier sur des marchés distincts transmettent sans réserve. Cherchez la proximité de métier et la distance de marché.

Le second critère porte sur la taille, et il va à l’encontre de l’intuition. Un dispositif qui mélange une entreprise de mille salariés et trois entreprises de vingt salariés dérive vers les pratiques de la plus grande, dont les représentants arrivent avec des méthodes formalisées et du temps dédié. Visez un écart de taille inférieur à un facteur cinq entre les membres.

Reste l’animation, qui décide de la survie du dispositif au-delà de la deuxième année. Quand l’animation revient à l’une des entreprises membres, les autres l’interprètent comme une captation, et la participation s’étiole. Un tiers neutre, qu’il s’agisse d’une branche professionnelle, d’un acteur territorial ou d’un cabinet, maintient l’équilibre et porte la charge de convocation que personne ne veut assumer.

Un dernier point décide de la deuxième année : la règle de réciprocité. Posez dès le départ que chaque entreprise membre apporte au moins un atelier par an, animé par l’un de ses salariés, faute de quoi le dispositif se transforme en consommation gratuite pour les plus petites et en charge nette pour les plus organisées. Cette règle écrite vaut tous les discours sur l’esprit collectif.

Retour d’expérience Glukoze

Deux ans de catalogue ouvert, et toujours la même liste d’inscrits

Nous intervenons dans une entreprise industrielle d’environ huit cents salariés qui a lancé deux ans plus tôt un dispositif de transmission interne, ouvert à tous, avec un catalogue d’une quarantaine d’ateliers animés par des salariés volontaires. La direction du développement des compétences nous appelle parce que la participation stagne et que le comité de direction menace de couper le budget.

Le relevé des inscriptions règle la question en une matinée. Sur les deux années, la quasi-totalité des participants appartiennent aux fonctions support et à l’encadrement, et les ateliers animés le sont par une dizaine de personnes toujours identiques. Les équipes de production n’apparaissent presque pas, parce qu’aucun atelier ne se tient pendant leurs heures de poste et qu’aucun remplacement n’a jamais été budgété. Le dispositif avait été conçu pour tous et planifié pour certains.

L’enseignement se tient en une phrase : un dispositif de transfert se juge sur son planning et sur son imputation d’heures, parce que ces deux documents décident de ses bénéficiaires bien avant son catalogue.

Les erreurs qui vident un dispositif de transfert de compétences

Cinq erreurs reviennent dans la plupart des dispositifs que nous reprenons, et toutes relèvent de l’organisation plutôt que de la pédagogie. Elles portent toutes sur cinq objets administratifs : le planning, l’imputation des heures, la désignation des bénéficiaires, la charge des transmetteurs et la nature du savoir visé. Chacune se corrige par une décision administrative.

Les cinq erreurs les plus fréquentes

Prenez cette liste comme une grille de relecture de votre dispositif actuel. Chaque ligne se vérifie sur un document existant, sans enquête ni questionnaire.

  • Ouvrir sans attribuer : le dispositif est accessible à tous et sa population réelle se réduit aux catégories qui accèdent déjà le plus, ce qui se vérifie sur la liste des inscrits.
  • Planifier hors des heures de poste : les ateliers se tiennent en milieu de journée pour arranger les fonctions support, donc les équipes en rotation ne peuvent jamais y venir.
  • Oublier l’imputation : les heures du transmetteur restent à la charge de son service, si bien que son manager arbitre contre le transfert dès que la charge monte.
  • Saturer les mêmes transmetteurs : une dizaine de personnes portent tout le dispositif, et leur départ ou leur refus l’interrompt entièrement.
  • Viser un savoir déjà écrit : le dispositif reproduit à grands frais un contenu qui existe au catalogue, alors que le savoir non formalisé reste hors de portée.

Deux erreurs plus coûteuses parce qu’elles passent pour des réussites

La première erreur tient à un indicateur que vous connaissez bien : la note de satisfaction. Un atelier capté par une population homogène et volontaire obtient d’excellentes notes, puisque les participants ont choisi d’y venir et se ressemblent. Une note de satisfaction élevée signale souvent une population trop homogène, donc un problème d’attribution plutôt qu’une réussite pédagogique.

La seconde consiste à compter les heures produites plutôt que les écarts réduits. Un dispositif qui double son volume d’heures en concentrant la hausse sur les catégories déjà servies affiche une progression flatteuse et aggrave l’écart. Ce décalage entre l’indicateur et l’effet mérite d’être posé devant vos dirigeants avant la première revue annuelle.

Nous ajoutons une dernière mise en garde, tirée de la lecture des chiffres du Céreq. L’écart par taille d’entreprise étant plus fort que l’écart par catégorie, un groupe qui pilote ses filiales de manière décentralisée reproduit en interne l’inégalité nationale. Les petites filiales se forment comme des petites entreprises, même quand le groupe dispose d’une université interne.

Vérifiez ce point sur vos propres données avant la prochaine revue budgétaire. Comparez le taux d’accès de votre plus petit site à celui de votre siège, et vous obtiendrez en une heure l’ordre de grandeur de votre inégalité interne. Si l’écart dépasse un facteur deux, votre université interne profite à une fraction de votre effectif, quel que soit le montant que vous y consacrez.

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Le rôle du manager de proximité dans le transfert de compétences

Le manager de proximité décide chaque semaine si les heures de transfert ont lieu, puisqu’il arbitre entre sa charge de production et les engagements pris par la direction. Aucune communication interne ne contourne cet arbitrage. Vos dispositifs vivent ou meurent dans son planning.

Un arbitrage hebdomadaire sans règle écrite ni appui

Mettez-vous une minute à la place de ce manager. Il porte un objectif de production mesuré au mois, une équipe parfois incomplète, et la demande de libérer deux personnes une demi-journée pour un atelier dont le bénéfice se verra ailleurs et plus tard. Dans ces conditions, le report de l’atelier constitue la décision rationnelle, et il la prend chaque semaine.

Cet arbitrage se modifie par deux leviers seulement, et aucun des deux ne relève du discours. Le premier consiste à inscrire les heures de transfert dans l’objectif de production lui-même, de sorte que le manager ne choisisse plus entre les deux. Le second consiste à imputer le coût de remplacement à un budget central, ce qui retire au manager la charge financière de sa propre coopération.

Nous observons que les directions sous-estiment largement la charge que ces arbitrages représentent pour un encadrant de terrain. Notre analyse de la charge financière portée par les managers de proximité détaille ce transfert silencieux de responsabilité budgétaire vers des personnes qui n’en ont pas les moyens de décision.

Le manager détient aussi la cartographie réelle des savoirs

Une seconde fonction lui échappe souvent, et elle vaut mieux que la première. Le manager de proximité détient la cartographie réelle des savoirs de son équipe, c’est-à-dire la liste de qui sait quoi, y compris les savoirs que personne n’a jamais déclarés. Aucun outil de gestion des compétences ne contient cette information avec la même précision.

Exploiter cette cartographie demande une conversation structurée plutôt qu’un formulaire. Nous conduisons cet exercice en atelier avec les managers d’un même périmètre, qui comparent leurs listes et découvrent régulièrement qu’un savoir qu’ils cherchaient à acquérir en externe existe deux bureaux plus loin. Le coût évité se chiffre immédiatement.

Une mise en garde s’impose toutefois sur cette fonction. Un manager qui identifie un détenteur de savoir dans son équipe prend le risque de le voir sollicité en permanence par le reste de l’organisation, donc de le perdre comme force de production. Protégez explicitement ces personnes par un plafond d’heures de transmission, sans quoi vos meilleurs managers cesseront de les signaler.

Ce plafond s’écrit en deux lignes et il change le comportement de toute la ligne managériale : un nombre d’heures annuelles par transmetteur, et le nom de la personne qui autorise un dépassement. Sans plafond, vos managers apprennent en un trimestre que déclarer un expert revient à le perdre, et ils arrêtent de déclarer.

Nous vous suggérons enfin de rendre cette cartographie visible au niveau du périmètre entier plutôt qu’au niveau du seul manager. Quand plusieurs managers d’un même site partagent la liste de leurs détenteurs de savoir, les sollicitations se répartissent au lieu de converger vers les trois mêmes personnes. Votre capacité de transmission augmente alors sans qu’un euro supplémentaire soit engagé.

Comment Glukoze vous aide à organiser le transfert de compétences

Nous intervenons sur les trois décisions qui déterminent les bénéficiaires d’un dispositif : l’attribution des places, le décompte des heures et le suivi de l’écart entre catégories. Nos parcours managériaux, nos communautés de managers et nos diagnostics servent ce même objectif. Le point d’entrée dépend de l’état de votre dispositif actuel.

Un diagnostic qui part de la liste des bénéficiaires

Notre premier travail consiste à lire vos documents existants plutôt qu’à interroger vos équipes. Le relevé des inscriptions, le planning des sessions, la déclaration annuelle et la liste des intervenants internes suffisent à établir qui bénéficie de votre dispositif et qui en reste hors. Cette lecture vous prend quelques jours et elle produit un constat difficile à contester en réunion de direction.

Le diagnostic débouche sur deux livrables, et nous les remettons ensemble. Le premier établit l’écart d’accès entre vos catégories professionnelles, comparé aux ordres de grandeur nationaux du Céreq et de l’Insee. Le second recense votre capacité réelle de transmission, c’est-à-dire le nombre de personnes qui ont effectivement transmis un savoir dans l’année.

Ce second livrable surprend régulièrement les directions générales. Une organisation de plusieurs milliers de salariés découvre souvent qu’une quinzaine de personnes portent l’ensemble de sa transmission interne, donc que votre capacité réelle plafonne très au-dessous du budget que vous y consacrez. La discussion budgétaire change de nature à partir de ce constat.

Des parcours managériaux qui installent le transfert dans le travail

Un dispositif de transfert ne tient pas sans les managers de proximité, puisque ce sont eux qui libèrent ou retiennent les heures. Nos parcours managériaux traitent cette question de front, en travaillant l’arbitrage concret entre la charge de production du mois et les heures de transmission promises. Les managers y arrivent avec leurs plannings réels.

Nous travaillons également la posture de transmission elle-même, qui ne se décrète pas. Un expert technique reconnu n’est pas automatiquement capable de rendre son savoir reprenable par un autre, et nos ateliers portent sur cet écart précis. Le résultat se mesure chez nos clients au nombre de nouveaux transmetteurs apparus dans l’année, donc à l’élargissement de la liste.

Nos communautés de managers prolongent ce travail dans la durée, car un dispositif de transfert meurt le plus souvent faute d’occasions de rencontre. Nous animons ces communautés sur un rythme régulier et avec un ordre du jour construit sur les cas apportés par les participants. Vous récupérez à la fois la circulation des pratiques et la liste de ceux qui les portent.

Des journées inspirantes et des conférences pour ouvrir le dispositif

Un dispositif clos sur lui-même s’épuise, et l’ouverture vers l’extérieur constitue le remède le plus économique. Nos conférences et nos journées inspirantes servent ce rôle : elles apportent des pratiques venues d’autres secteurs et elles légitiment la prise de parole de vos propres salariés. Une pratique interne gagne en autorité quand elle se compare à l’extérieur.

Nous construisons également des dispositifs mutualisés entre plusieurs entreprises, en assumant le rôle de tiers neutre décrit plus haut. Cette position nous permet de porter la charge de convocation et de maintenir l’équilibre entre des membres de tailles différentes. Vos équipes conservent la main sur les contenus, nous tenons le cadre et le calendrier.

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Le transfert de compétences se décide sur une liste de noms

Les écarts mesurés par le Céreq et par l’Insee décrivent le résultat mécanique de dispositifs ouverts, dans lesquels la candidature spontanée arbitre à la place des directions. Un facteur 5,3 entre deux tailles d’entreprise mesure le coût de cet abandon d’arbitrage.

Un ouvrier peu qualifié sur deux qui n’apprend rien de nouveau au travail mesure le même abandon, dans une économie qui consacre pourtant 3,7 % de sa masse salariale à la formation. Les intentions des entreprises françaises ne sont pas en cause ici, puisque les budgets existent et que les dispositifs tournent.

La correction demande peu d’outils et beaucoup de courage administratif. Désignez les catégories bénéficiaires avant les thèmes, décomptez les heures de transmission comme du temps de travail, imputez-les à un budget identifié, et suivez l’écart entre vos catégories plutôt que votre volume d’heures. Ces quatre décisions se prennent en réunion de direction, sans logiciel et sans prestataire.

Vous saurez que votre dispositif fonctionne le jour où sa liste d’inscrits ne ressemblera plus à votre organigramme. Jusque-là, un catalogue riche et des participants satisfaits mesureront surtout la qualité de votre offre pour ceux qui y avaient déjà accès. Le transfert de compétences se décide sur une liste de noms, puis se vérifie sur la même liste un an plus tard.

Questions fréquentes sur le transfert de compétences

Comment mesurer l’efficacité d’un dispositif de transfert de compétences ?

Comparez le taux d’accès de votre catégorie la mieux servie à celui de la moins bien servie, année après année. Cet écart figure déjà dans votre déclaration annuelle. Un volume d’heures en hausse peut parfaitement accompagner un écart qui se creuse, donc il ne mesure rien d’utile seul.

Quelle différence entre une université d’entreprise et un dispositif de transfert entre pairs ?

Une université d’entreprise diffuse un savoir validé par un service central vers l’ensemble des salariés. Un dispositif de transfert entre pairs met en circulation des pratiques construites dans le travail et jamais formalisées. Le premier produit des preuves, le second atteint des savoirs qu’aucun catalogue ne contient.

Une PME peut-elle organiser un transfert de compétences sans budget propre ?

Oui, à condition de mutualiser avec trois ou quatre entreprises du même métier sur des marchés distincts, et de confier l’animation à un tiers neutre. Le Céreq montre que les petites entreprises qui forment le font intensément : le seuil à franchir porte sur l’organisation du temps plutôt que sur l’envie de se former.

Qui doit payer les heures du salarié qui transmet son savoir-faire ?

Cette question se tranche avant la première session, par écrit, au niveau de la direction générale. Tant que les heures restent imputées au service du transmetteur, son manager arbitrera contre le transfert dès que la charge montera, et il aura raison de le faire.

Faut-il former les experts avant de leur confier un transfert de compétences ?

Un expert reconnu ne sait pas forcément rendre son savoir reprenable par un autre, puisque sa maîtrise est devenue implicite. Un travail court sur la décomposition du geste et sur la formulation suffit généralement, et il élargit la liste des personnes capables d’assurer un transfert de compétences.