Pour comprendre pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes, nous vous proposons d’écarter d’emblée la réponse que répète la quasi-totalité des articles sur le sujet. Une valeur ne compte pas parce qu’elle est belle, affichée à l’accueil ou inscrite sur la page carrière. Elle compte le jour où un manager s’en sert pour trancher entre deux options qui coûtent toutes les deux quelque chose.

C’est cette bascule que nous observons dans nos parcours managériaux. La plupart des chartes de valeurs ne déplacent jamais la moindre décision, elles décorent. Dans cet article, nous distinguons la valeur proclamée de la valeur qui arbitre, et nous montrons pourquoi seule la seconde produit un effet mesurable sur l’engagement, la fidélisation et la croissance.
| La valeur affichée | Ce qu’elle produit | La valeur qui arbitre |
|---|---|---|
| Une promesse sur un murComprendre pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes commence par un constat simple. La majorité des valeurs reste une déclaration affichée, sans effet sur les décisions quotidiennes des équipes. | Un écart visibleUne valeur jamais traduite en décision crée un décalage entre le discours et la pratique. Les collaborateurs comme les clients le repèrent vite, et la crédibilité de la marque s’érode. | Le test du coûtUne valeur devient utile quand elle sert de critère pour refuser un client rentable, écarter un bon profil ou renoncer à un raccourci. Sa preuve tient dans ce qu’elle fait accepter de perdre. |
Pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes, et pourquoi la plupart restent lettre morte
Les valeurs d’entreprise sont importantes parce qu’elles donnent à chaque collaborateur un critère pour décider seul, vite et juste, quand le manager n’est pas là pour trancher. Elles ne le deviennent qu’à une condition, être traduites en arbitrages réels. Affichées sans usage, elles restent un décor coûteux et sans effet sur la marche de l’entreprise.
La question de fond n’est donc pas de savoir si les valeurs servent à quelque chose. Elle est de savoir lesquelles servent vraiment, et à quel moment précis elles changent une décision. Nous reprenons cette mécanique pas à pas.
Pour un dirigeant et pour sa communauté managériale, l’enjeu dépasse la sémantique. Une valeur qui n’arbitre pas laisse chaque manager improviser ses propres règles, et l’entreprise perd la cohérence qu’elle croyait avoir gravée dans sa charte. Le coût de cette incohérence reste invisible jusqu’au jour où un client ou un collaborateur le met en lumière.
Pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes : la valeur proclamée contre la valeur d’arbitrage
Une valeur proclamée est une intention que l’entreprise affiche pour dire qui elle voudrait être. Une valeur d’arbitrage est un critère que le manager applique pour choisir entre deux options concrètes. La première rassure, la seconde tranche. Comprendre pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes revient à savoir laquelle de ces deux formes vous avez réellement installée.
Les valeurs d’entreprise sont les principes qui guident la façon de décider, de recruter et de servir, individuellement et collectivement. Le management par les valeurs désigne l’approche qui consiste à piloter les comportements et les choix par ces principes plutôt que par la seule règle ou la seule consigne hiérarchique.
L’écart entre ce que l’entreprise dit valoriser et ce qu’elle pratique réellement est un classique de la recherche en management. Le psychologue Edgar Schein, l’un des fondateurs de l’étude de la culture organisationnelle, distinguait déjà les valeurs déclarées des valeurs réellement à l’oeuvre dans les comportements. Notre contribution opérationnelle ajoute un test concret à cette distinction, le coût consenti.
Cette distinction reste très concrète sur le terrain. Un collaborateur ne juge jamais une valeur sur l’affiche, il la juge sur les décisions qu’il voit passer. Quand une décision contredit la valeur affichée, la décision fait foi, et la valeur perd sa crédibilité pour longtemps auprès des équipes.
Le test du coût : une valeur ne compte que lorsqu’elle fait renoncer à quelque chose
Une valeur d’entreprise devient réelle au moment où elle vous fait perdre quelque chose que vous vouliez garder. Tant qu’une valeur ne vous fait jamais dire non à un gain immédiat, elle reste un argument marketing. Le critère de vérité n’est pas l’adhésion déclarée des équipes, il est la liste de ce que cette valeur vous a fait refuser cette année.
Prenons une entreprise qui affiche l’exigence de qualité. La valeur reste un slogan tant que personne n’a jamais refusé une commande rentable parce que le délai imposait de baisser la qualité. Le jour où ce refus a lieu, et où il est assumé devant l’équipe, la valeur cesse d’être un mot pour devenir un critère de décision partagé.
Une valeur d’arbitrage se reconnaît à trois marqueurs concrets :
- Elle a déjà fait renoncer l’entreprise à un gain mesurable, un client, un contrat ou une marge.
- Un collaborateur peut citer une situation précise où elle a changé la décision prise.
- Elle s’applique aussi quand elle dérange la direction, et pas seulement quand elle arrange la communication.
Ce que révèle l’écart entre le discours et la pratique
L’écart entre valeur affichée et valeur vécue est la norme, pas l’exception. Aux États-Unis, Gallup mesure que seuls 23 pour cent des salariés déclarent pouvoir appliquer les valeurs de leur entreprise à leur travail au quotidien, et 27 pour cent disent vraiment croire en ces valeurs. La majorité des chartes ne touche donc jamais le travail réel.
Le même institut relève que cet écart persiste dans la durée. Les valeurs sont souvent choisies en haut de l’organisation pour décrire une culture idéale, sans jamais résonner avec la façon dont le travail se fait vraiment. Sans ce lien au quotidien, l’affichage reste sans effet, quelle que soit la qualité des mots retenus.
Ce décalage compte d’autant plus en France, où l’engagement au travail figure parmi les plus faibles d’Europe, autour de 8 pour cent de salariés engagés selon les mesures les plus récentes de Gallup. Une équipe peu engagée n’ira pas chercher d’elle-même le sens d’une valeur affichée. Elle attend que ce sens se manifeste dans des décisions visibles.
Pour la communauté managériale, l’enjeu est direct. Un manager qui ne peut pas nommer une décision récente arbitrée par ses valeurs gère en réalité par la consigne, pas par la valeur. Le reste de cet article sert à combler cet écart.
Pourquoi tant de chartes de valeurs ne changent rien
La plupart des chartes échouent parce qu’elles sont choisies par la direction, jamais confrontées à un coût, et trop nombreuses pour trancher. Une valeur abstraite, partagée par tous les concurrents, ne distingue rien et n’oriente aucune décision. Elle rassure la communication sans armer le manager face à un choix difficile.
Trois causes reviennent dans nos diagnostics :
- Les valeurs sont rédigées en comité restreint, sans confrontation aux arbitrages réels du terrain.
- La charte empile six à dix principes interchangeables, ce qui dilue la priorité et empêche de hiérarchiser.
- Les formulations restent assez vagues pour que personne ne puisse jamais les contredire, donc assez vagues pour ne jamais servir.
La bonne nouvelle est que chacune de ces causes se corrige. Une valeur trop nombreuse se réduit, une valeur abstraite se précise, et une valeur jamais testée se confronte aux décisions réelles. La dernière partie de cet article détaille cette transformation.
Passez de la charte affichée à la décision partagée
Vous voulez que vos valeurs changent vraiment les arbitrages de vos managers ? Découvrez notre parcours managérial pour ancrer les valeurs dans les décisions quotidiennes et transformer une charte en outil de pilotage.
Ce que les valeurs d’entreprise changent vraiment lorsqu’elles arbitrent
Lorsqu’elles arbitrent, les valeurs d’entreprise produisent trois effets concrets, elles accélèrent la décision en l’absence du manager, elles filtrent le recrutement jusqu’au refus assumé, et elles trient les clients autant qu’elles les attirent. Chacun de ces effets se mesure à ce que l’entreprise accepte de perdre pour rester cohérente.
Nous détaillons ces trois mécanismes, car ils expliquent l’essentiel du bénéfice opérationnel des valeurs, bien au-delà de l’affichage de marque.
Un fil relie ces trois effets. Dans chaque cas, la valeur agit parce qu’elle accepte un coût immédiat pour préserver une cohérence durable. Ce coût assumé sépare la valeur qui travaille de la valeur qui décore, et il revient à chaque fois dans les exemples qui suivent.
Elles permettent de décider sans remonter la hiérarchie
Une valeur d’arbitrage rend les équipes autonomes. Un collaborateur qui connaît le critère de décision n’a plus besoin de remonter chaque cas à son manager, il déduit la bonne réponse du cadre partagé. Ce gain devient décisif quand l’entreprise grandit, ouvre des sites et recrute loin du fondateur.
BlaBlaCar a explicité ses valeurs pour cette raison précise, garder un alignement des décisions quand les équipes se multiplient à l’international. Une valeur claire fonctionne alors comme un référentiel qui permet aussi de savoir dire non, et de repérer rapidement une incohérence sans attendre l’arbitrage d’un dirigeant devenu moins accessible.
Un exemple ordinaire éclaire ce gain. Une équipe support reçoit une demande de geste commercial hors procédure. Sans valeur d’arbitrage, elle remonte le cas au manager et la réponse prend deux jours. Avec une valeur claire sur la relation client, le collaborateur tranche seul, en cohérence avec ses collègues, et l’entreprise gagne en rapidité comme en homogénéité.
Ce point rejoint un constat solide sur le management. Gallup attribue environ 70 pour cent de la variation de l’engagement d’une équipe à son manager. Des valeurs qui arbitrent allègent cette dépendance, car elles répartissent une part de la décision sur des critères connus de tous plutôt que sur la seule présence du responsable.
Elles filtrent le recrutement, jusqu’à refuser un excellent profil
Une valeur d’entreprise devient un filtre de recrutement quand elle vous fait écarter un candidat techniquement excellent parce qu’il ne partage pas le cadre commun. Ce refus est le signe le plus net qu’une valeur arbitre vraiment, puisqu’il a un coût immédiat et visible pour l’équipe qui cherchait une compétence rare.
La plateforme LeHibou raconte avoir laissé passer un candidat très performant parce qu’il ne correspondait pas à ses valeurs, devenues un critère non négociable après un travail d’explicitation en séminaire. Ce choix a un prix, et ce prix est précisément ce qui rend la valeur crédible aux yeux des équipes en place.
L’inverse coûte plus cher encore. Recruter un profil brillant mais décalé par rapport au cadre commun alimente le turnover, multiplie les frictions et abîme la cohérence interne. Vérifier l’alignement pendant l’entretien évite ces coûts différés, à condition de poser la question sur des situations vécues et non sur des déclarations d’intention.
Le coût d’une erreur d’alignement se paie longtemps. Un collaborateur compétent mais en décalage avec le cadre commun ralentit les décisions collectives, use ses pairs et finit souvent par partir. Le temps d’intégration perdu, la friction d’équipe et le re-recrutement pèsent bien plus lourd que le délai d’attente d’un meilleur profil aligné.
Elles trient les clients autant qu’elles les attirent
Des valeurs d’entreprise fortes attirent les clients qui les partagent et repoussent ceux qui s’en éloignent. Cette capacité à repousser fait partie du bénéfice, et pas seulement la capacité à séduire. Une marque qui plaît à tout le monde n’arbitre rien et ne se distingue de personne.
Quand une valeur engage l’entreprise, par exemple la responsabilité ou la transparence, elle attire des clients qui valorisent ces mêmes principes et acceptent parfois de payer pour cette cohérence. Elle éloigne en retour ceux qui cherchaient surtout le prix le plus bas, et ce tri réduit les conflits ultérieurs sur les attentes.
Patagonia illustre cette logique de tri. Sa valeur environnementale, traduite en décisions de production et en programme de réparation, attire une clientèle prête à payer pour cette cohérence et en éloigne d’autres. La valeur agit comme un aimant orienté, et cette orientation vaut mieux qu’une attractivité indifférenciée qui ne fidélise personne.
Pour la cohérence de marque, l’enjeu est de tenir le même cap en interne et en externe. Un message client qui vante une valeur jamais vécue par les équipes finit toujours par se voir. La crédibilité d’une valeur d’entreprise tient à l’alignement entre ce que vivent les salariés et ce que perçoivent les clients.
Le lien entre les valeurs d’entreprise et la croissance, sans le raccourci
Le lien entre valeurs d’entreprise et croissance existe, mais il n’est ni automatique ni direct. Une valeur n’a jamais généré de chiffre d’affaires par elle-même. Elle crée des conditions, autonomie de décision, fidélisation et cohérence de marque, qui rendent la croissance plus probable et moins coûteuse à soutenir dans la durée.
Nous tenons à poser ce lien avec prudence, car la promesse facile dessert le sujet. Voici ce que les données permettent réellement d’affirmer, et ce qu’elles ne permettent pas.
Pourquoi la corrélation valeurs-croissance n’est pas automatique
Les entreprises qui croissent ont souvent des valeurs fortes, mais cette corrélation ne prouve pas que les valeurs causent la croissance. Une entreprise qui réussit dispose des moyens d’investir dans sa culture, et une culture forte accompagne sa réussite. Confondre les deux sens de la flèche conduit à survendre l’effet des chartes de valeurs.
Le bon raisonnement part du mécanisme et non de la promesse. Une valeur d’arbitrage réduit le coût des décisions, limite les erreurs de recrutement et fidélise les clients alignés. Ces effets, eux, se relient à la performance par des chaînes causales identifiables, ce qui n’est pas le cas d’une valeur seulement affichée.
Une illustration simple le montre. Deux entreprises affichent la même valeur de qualité. La première l’applique en refusant des commandes qui l’auraient compromise, la seconde se contente de l’afficher. Si la première croît davantage, c’est sa discipline d’arbitrage qui explique l’écart. La valeur écrite, identique chez les deux, n’y est pour rien.
Le mécanisme réel : autonomie, fidélisation et cohérence de marque
Le moteur du lien entre valeurs et performance passe par la raison d’être vécue. Gallup mesure que les salariés qui ressentent un fort sens au travail sont nettement plus engagés que ceux qui en ressentent peu, avec une intention de départ bien inférieure. Ces données américaines pointent un même levier, le sens traduit en actes retient et mobilise.
La chaîne opérationnelle se lit alors clairement. Une valeur qui arbitre rend les équipes plus autonomes, ce qui accélère l’exécution. Elle fidélise les collaborateurs et les clients alignés, ce qui réduit les coûts de remplacement et d’acquisition. Elle renforce la cohérence de marque, ce qui soutient la préférence à l’achat.
Aucun de ces effets ne se déclenche depuis une affiche murale. Chacun suppose que la valeur soit entrée dans les décisions de recrutement, de tarification et de service. La croissance arrive en bout de chaîne, comme une conséquence de la cohérence, pas comme un effet direct de la déclaration.
Chacun de ces maillons se mesure séparément. Le coût de remplacement d’un salarié, le coût d’acquisition d’un client et le taux de fidélisation se suivent dans n’importe quelle entreprise. Relier les valeurs à ces indicateurs concrets vaut mieux que promettre un pourcentage de croissance que personne ne saura tracer ensuite.
Les chiffres à manier avec prudence
Beaucoup d’articles avancent des pourcentages spectaculaires reliant valeurs et performance sans source vérifiable. Nous écartons ces chiffres, car un nombre inventé affaiblit un argument vrai. Les données solides disponibles portent sur l’engagement, la fidélisation et l’écart entre discours et pratique, pas sur un gain de croissance directement attribuable à une charte.
La prudence utile consiste à distinguer trois familles de données :
- Les mesures d’engagement et de sens, robustes et régulièrement actualisées, comme celles de Gallup.
- Les corrélations entre culture et performance, réelles mais sensibles au sens de la causalité.
- Les chiffres de croissance directement attribués aux valeurs, presque toujours invérifiables et à écarter.
Retour d’expérience Glukoze
La valeur que personne n’avait jamais payée
Lors d’un atelier avec un comité de direction, nous avons demandé à chaque membre de citer une décision récente où l’une des trois valeurs affichées (simple, professionnel et sympa) avait changé le choix retenu. Le silence a duré une minute entière. Les valeurs étaient connues, répétées en réunion et imprimées dans le hall, mais aucune n’avait jamais fait renoncer l’entreprise à un gain.
Nous avons alors repris les trois derniers grands arbitrages de l’année, un client toxique conservé, une promotion accordée à un profil clivant, et un délai tenu au prix de la qualité promise. Dans les trois cas, la valeur affichée aurait dû peser, et dans les trois cas elle avait été ignorée.
L’enseignement est simple. Une valeur ne vit pas dans la charte, elle vit dans la liste de ce que l’entreprise a refusé en son nom. Tant que cette liste est vide, la valeur reste un coût de communication sans retour.
Comment transformer une valeur affichée en valeur d’arbitrage
Transformer une valeur affichée en valeur d’arbitrage suppose de nommer son coût, de l’inscrire dans les décisions concrètes et de la tester sur des cas réels. Une valeur n’a pas besoin d’être plus belle, elle a besoin d’être tranchante. Le travail consiste à la rendre utilisable par un manager pressé, un mardi matin, face à deux options.
Voici la méthode que nous utilisons dans nos parcours, décomposée en trois temps complémentaires.
Nommer ce que chaque valeur vous fait refuser
La première étape consiste à associer à chaque valeur un refus explicite. Pour chaque principe affiché, l’équipe de direction répond à une seule question, qu’est-ce que cette valeur nous interdit, même quand cela nous coûte ? Une valeur sans refus associé reste décorative et doit être reformulée ou abandonnée.
Cette question paraît simple et se révèle redoutable. Beaucoup de comités découvrent qu’aucun de leurs principes affichés ne leur interdit quoi que ce soit. Une valeur qui n’interdit rien autorise tout, donc ne guide aucune décision. La reformuler en interdiction explicite lui rend immédiatement son tranchant.
Ce travail révèle souvent que deux valeurs entrent en tension, par exemple la rapidité et la qualité. Cette tension est utile, car elle oblige à hiérarchiser, et un manager a besoin de savoir laquelle l’emporte quand les deux s’opposent. Une valeur d’arbitrage assume cet ordre de priorité au lieu de le masquer.
Inscrire la valeur dans les décisions, pas sur les murs
La deuxième étape ancre la valeur dans les moments où se prend la décision. Une valeur ne change rien tant qu’elle n’est pas présente dans le recrutement, la tarification, la promotion et le refus de client. L’inscrire dans ces points de passage la rend opérante, alors que l’afficher dans le hall la rend seulement visible.
Concrètement, chaque processus de décision intègre une question liée aux valeurs. La grille d’entretien comporte une mise en situation, la revue de tarif rappelle la valeur prioritaire, et la décision de garder ou non un client la convoque explicitement. La valeur cesse d’être un thème de séminaire pour devenir une étape de procédure.
Un rituel simple ancre cette présence. Certaines entreprises ouvrent leurs revues de décision en rappelant la valeur prioritaire concernée, puis tranchent au regard de ce critère. Le geste paraît mineur, et il déplace pourtant le centre de gravité de la décision, du réflexe immédiat vers le cadre choisi.
Tester vos valeurs sur vos décisions passées
La troisième étape vérifie la solidité des valeurs en les confrontant à l’histoire réelle de l’entreprise. Reprendre les arbitrages des douze derniers mois et regarder si les valeurs auraient changé la décision donne une mesure honnête de leur poids. Une valeur qui n’aurait rien changé reste à transformer.
Cette mise à l’épreuve suit une séquence simple :
- Listez les cinq décisions difficiles les plus récentes, celles où deux options coûtaient quelque chose.
- Pour chacune, identifiez quelle valeur affichée aurait dû peser dans le choix.
- Vérifiez si cette valeur a réellement pesé, ou si elle a été ignorée au profit du gain immédiat.
- Reformulez chaque valeur ignorée en règle de décision explicite, avec son refus associé.
- Rejouez la décision suivante avec cette règle, et mesurez l’écart obtenu.
Cette séquence transforme une discussion abstraite en exercice opérationnel. Elle remplace l’adhésion de façade par une pratique vérifiable, et donne à la communauté managériale un langage commun pour arbitrer. Répétée chaque trimestre sur de nouveaux cas, elle installe une habitude durable plutôt qu’un effet d’atelier sans lendemain.

Comment nous pouvons vous aider à maîtriser le sujet des valeurs d’entreprise
Nous accompagnons les entreprises qui veulent passer de la charte affichée à la valeur qui arbitre. Notre travail ne consiste pas à inventer de belles formules, il consiste à rendre vos valeurs utilisables dans les décisions réelles de vos managers. Nous intervenons par l’atelier, le diagnostic et le parcours dans la durée.
Des ateliers pour rendre vos valeurs tranchantes
Nos ateliers partent de vos arbitrages réels, pas d’un brainstorming hors-sol. Nous reprenons vos décisions difficiles, nous repérons les valeurs qui auraient dû peser, et nous reformulons chaque valeur en critère de décision avec son refus associé. Vous repartez avec une charte qui sait dire non, et que vos managers peuvent appliquer.
Ce format convient autant à une équipe de direction qui pose ses valeurs qu’à une organisation qui constate l’écart entre son discours et sa pratique. Le livrable reste concret, des règles d’arbitrage testées sur vos propres cas.
Nous adaptons le format à votre maturité. Une jeune entreprise pose ses premières valeurs au moment où elle commence à recruter au-delà du cercle fondateur. Une organisation établie révise des valeurs devenues décoratives pour leur rendre un pouvoir de décision. Les deux situations appellent le même travail sur le coût consenti.
Un parcours managérial et une communauté pour ancrer la pratique
Une valeur d’arbitrage tient dans la durée quand les managers la pratiquent ensemble. Notre parcours managérial installe la valeur dans les gestes quotidiens, et notre communauté de managers permet d’échanger les cas d’arbitrage difficiles entre pairs. La valeur cesse d’être une consigne descendante pour devenir une habitude partagée.
Vous voulez situer votre maturité actuelle avant d’agir ? Nous proposons un diagnostic qui mesure l’écart entre vos valeurs affichées et vos valeurs réellement à l’oeuvre, et qui identifie les décisions où cet écart vous coûte le plus. Vous repartez avec une cartographie claire des arbitrages à reprendre en priorité.
Conclusion : des valeurs d’entreprise importantes sont des valeurs que vous osez payer
Si vous deviez retenir une seule idée sur pourquoi les valeurs d’entreprise sont importantes, retenez celle-ci. Une valeur ne vaut pas par ce qu’elle promet, elle vaut par ce qu’elle vous fait refuser. La preuve d’une valeur n’est pas l’adhésion déclarée des équipes, elle est la liste de ce que l’entreprise a perdu volontairement pour rester cohérente.
Cette idée ouvre une question plus radicale, que nous traiterons dans un prochain article. Et si les valeurs n’accéléraient pas la croissance, mais en étaient seulement la trace ? Ce qui crée la croissance pourrait bien être la capacité à payer le prix d’une valeur, le client refusé, le profil écarté, la marge sacrifiée par cohérence. Une valeur qui ne coûte rien ne produit rien.
D’ici là, le chantier est clair. Reprenez vos valeurs affichées, cherchez ce que chacune vous a fait refuser cette année, et transformez celles qui n’ont rien coûté. C’est à ce prix que vos valeurs d’entreprise deviennent importantes au sens fort, des critères qui arbitrent et soutiennent votre croissance.
Questions fréquentes sur les valeurs d’entreprise
C’est quoi une valeur d’entreprise, concrètement ?
Une valeur d’entreprise est un principe qui guide la façon de décider, de recruter et de servir au quotidien. Concrètement, une valeur utile fonctionne comme un critère d’arbitrage que le manager applique pour choisir entre deux options. Affichée sans usage, elle reste une simple déclaration d’intention.
Combien de valeurs faut-il définir pour une entreprise ?
Mieux vaut un petit nombre de valeurs réellement appliquées qu’une longue liste décorative. Trois à cinq valeurs suffisent généralement, à condition que chacune soit traduite en critère de décision et associée à un refus assumé. Au-delà, les valeurs se diluent et perdent leur capacité à trancher.
Comment savoir si nos valeurs d’entreprise sont vraiment appliquées ?
Le test le plus fiable consiste à demander à vos managers de citer une décision récente où une valeur a changé le choix retenu. Si personne ne trouve d’exemple, la valeur reste affichée sans être vécue. La liste de ce que vos valeurs vous ont fait refuser mesure leur réalité.
Les valeurs d’entreprise ont-elles un impact sur la croissance ?
Les valeurs d’entreprise soutiennent la croissance de façon indirecte, jamais mécanique. Elles créent des conditions favorables, autonomie de décision, fidélisation et cohérence de marque, qui rendent la croissance plus probable. Une valeur seulement affichée ne produit aucun de ces effets, seule une valeur traduite en arbitrage agit.
Quelle différence entre valeurs, mission et vision ?
La mission dit pourquoi l’entreprise existe, la vision décrit ce qu’elle veut devenir, et les valeurs définissent comment elle décide et se comporte pour y parvenir. Les valeurs sont la part la plus opérationnelle des trois, car elles s’appliquent dans les arbitrages concrets du quotidien.


