
Combien de vos collaborateurs seraient présents lundi matin s’ils gagnaient dix millions d’euros ce soir ? La question circule dans les séminaires de direction depuis des années, et la réponse attendue tient en un chiffre proche de zéro. Elle sert ensuite à justifier un programme d’engagement et une ligne budgétaire.
Les statistiques publiques françaises racontent une autre histoire. En 2024, 82 % des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait, soit dix points de plus qu’en 2016, selon la Dares. Dans le même temps, le score d’engagement qui circule pour la France plafonne à 8 %.
Ces deux mesures ne portent ni sur le même objet ni sur les mêmes effectifs interrogés. Votre budget suit la première et votre réalité de terrain suit la seconde. La motivation au travail que vous cherchez à relancer se mesure donc avec un instrument qui vous désigne le mauvais écart, et vous allez devoir choisir lequel financer.
| LE CHIFFRE QUI CIRCULE | CE QUE DIT LA STATISTIQUE PUBLIQUE | LE DÉPLACEMENT PROPOSÉ |
|---|---|---|
| La motivation au travailLa motivation au travail est pilotée dans la plupart des organisations à partir d’un score d’engagement issu d’un sondage privé portant sur un millier de personnes par pays. Ce score sert de point de départ aux programmes et aux budgets. | Une expérience déclarée en hausseLes enquêtes publiques françaises et européennes mesurent la fierté du travail bien fait, la reconnaissance reçue et les rapports avec la hiérarchie. Ces trois indicateurs progressent depuis 2016 sur des échantillons sans commune mesure avec les baromètres privés. | Les obstacles plutôt que l’élanUne seule dimension se dégrade dans ces enquêtes : la marge de manœuvre dans la réalisation des tâches, et surtout chez les cadres. Le budget gagne à financer la levée d’obstacles identifiés plutôt qu’un programme de relance générale. |
Ce que mesure le score d’engagement qui circule en France
Le chiffre de 8 % de salariés engagés en France provient du Gallup World Poll, une enquête d’opinion menée auprès d’environ mille adultes par pays. Il mesure l’accord avec une batterie de douze affirmations standardisées, et il se compare entre pays plutôt qu’il ne décrit une situation française.
Mille personnes contre plusieurs dizaines de milliers
Regardons les instruments avant les résultats : le score français de 8 % publié par Gallup est une moyenne mobile sur trois ans s’achevant en 2025, construite sur des échantillons nationaux d’environ mille adultes et une marge d’erreur annoncée entre 0,25 et 7,07 points selon les pays.
Comparez maintenant avec les deux enquêtes publiques qui portent sur le même sujet, puisque l’écart de dimension y est frappant. L’enquête Conditions de travail de la Dares, de la Drees et de la DGAFP interroge plusieurs dizaines de milliers de salariés en France. L’enquête européenne sur les conditions de travail d’Eurofound a interrogé en face à face 36 644 personnes dans 35 pays en 2024.
Cet écart de dimension ne disqualifie pas le baromètre privé, et il interdit de l’opposer aux enquêtes publiques comme s’il les contredisait. Un sondage d’opinion international sert à classer des pays les uns par rapport aux autres. Une enquête statistique nationale sert à décrire l’expérience de travail d’une population.
Deux objets différents sous le même mot
La seconde différence porte en revanche sur ce qui est demandé au répondant. Un score d’engagement mesure l’adhésion à des énoncés sur le matériel disponible, les attentes du poste, les encouragements reçus ou l’existence d’un meilleur ami au travail. Une enquête sur les conditions de travail demande ce que la personne fait, subit et ressent dans son activité réelle.
Ces deux instruments répondent donc à deux questions distinctes, et ils produisent logiquement des courbes différentes. Le premier capte le degré d’enthousiasme déclaré envers l’employeur, tandis que le second capte la qualité du travail tel qu’il se fait.
Une conséquence pratique en découle pour vos arbitrages. Un score d’adhésion bouge quand le discours interne change, alors qu’un indicateur de conditions de travail bouge quand l’organisation du travail change. Si vous pilotez le premier, votre plan d’action se dirigera naturellement vers la communication interne, puisque c’est sur elle que l’instrument réagit le plus vite.
Cette dérive est silencieuse et parfaitement rationnelle. Chaque année, vos équipes constatent que les actions de communication font remonter le score de quelques points, tandis que la levée d’un obstacle sur une seule région ne se voit pas dans la moyenne. Le dispositif s’oriente donc vers ce qui fait bouger l’aiguille, et l’aiguille mesure une opinion.
Nous ne vous invitons pas à écarter votre baromètre. Nous vous invitons à savoir ce qu’il mesure avant d’en tirer une conclusion sur la motivation au travail de vos équipes, et surtout avant d’en déduire un budget.
Un test rapide vous le confirmera : demandez à votre prestataire d’enquête la formulation exacte des items qui composent votre score, puis lisez-les à voix haute en réunion de direction. Si la moitié d’entre eux portent sur un ressenti envers l’entreprise et non sur une situation de travail précise, votre indicateur mesure une adhésion. Nous revenons ailleurs sur ce que mesure réellement une enquête d’engagement des collaborateurs.
Ce que vos salariés déclarent dans les enquêtes publiques
Trois indicateurs progressent depuis 2016 dans les enquêtes publiques françaises et européennes : la fierté du travail bien fait, la reconnaissance reçue et la qualité des rapports avec la hiérarchie. Ces trois mouvements concernent directement ce que vos programmes d’engagement cherchent à produire.
La fierté du travail bien fait gagne dix points
La Dares Analyses n° 37, parue le 9 septembre 2026, exploite les enquêtes Conditions de travail de 2016 et de 2024-2025. Elle établit que 82 % des salariés éprouvent souvent ou toujours la fierté du travail bien fait en 2024, contre 18 % jamais ou parfois, soit une amélioration de dix points par rapport à 2016.
La même publication mesure l’évolution des rapports hiérarchiques. La part de salariés entretenant des relations dégradées avec leurs supérieurs recule de 5 points, pour s’établir à 21 %, avec des baisses marquées chez les ouvriers qualifiés et peu qualifiés. La mention d’un supérieur qui ne fait pas confiance perd treize points sur la même période.
Ces chiffres méritent votre attention, car ils contredisent le récit dominant sur le management français. Vos encadrants sont davantage perçus comme des appuis qu’ils ne l’étaient il y a huit ans, et cette amélioration touche l’ensemble des catégories socioprofessionnelles.
La reconnaissance et la motivation déclarées à l’échelle européenne
L’enquête européenne confirme cette orientation sur un périmètre plus large. Eurofound relève que 68 % des salariés estiment recevoir la reconnaissance qu’ils méritent pour leur travail, et que la part de ceux dont l’organisation les motive à donner le meilleur d’eux-mêmes est passée de 61 % en 2010 à 68 % en 2024.
Deux autres résultats de cette enquête éclairent par ailleurs la question du départ. Sept salariés sur dix se déclarent enthousiastes à l’égard de leur travail, et 74 % jugent peu ou très peu probable de quitter leur emploi dans l’année. Chez les 16-29 ans, cette probabilité de départ monte à 29 %.
L’indicateur d’engagement d’Eurofound nuance cependant le tableau, puisque la part de salariés fortement engagés passe de 36 % en 2015 à 35 % en 2024, tandis que la part faiblement engagée monte de 25 % à 28 %. Le mouvement existe donc, et il se compte en points plutôt qu’en effondrement.
Retenez cette échelle de grandeur pour vos arbitrages. Un recul de trois points sur huit ans appelle une correction ciblée. Un effondrement à 8 % appellerait une refondation, et c’est précisément cette seconde lecture que votre baromètre vous vend.
Une donnée supplémentaire mérite votre attention, puisqu’elle touche directement à la rémunération. La part de salariés européens estimant ne pas être payés de façon appropriée au regard de leurs performances et de leurs efforts est passée de 35 % en 2005 à 26 % en 2024, avec un écart persistant entre les femmes, à 30 %, et les hommes, à 24 %.
Ce dernier écart de six points recoupe ce que nous observons dans les enquêtes internes de nos clients. Il se lit comme une insatisfaction diffuse, alors qu’il renvoie à une question de positionnement salarial que vos équipes ressources humaines peuvent documenter. Cette confusion entre un ressenti et une cause mesurable traverse l’ensemble du sujet, et elle explique l’essentiel des plans d’action mal dirigés.
La seule dimension en recul dans les statistiques publiques
Une dimension recule dans ces enquêtes pendant que les autres progressent : la marge de manœuvre dans la réalisation des tâches. Elle stagne pour l’ensemble des salariés et se dégrade nettement chez les cadres. Cette dimension décrit la capacité à bien faire son travail plutôt que l’envie de le faire.
Une autonomie qui progresse et une marge qui recule
La Dares distingue deux libertés que le vocabulaire courant confond : le manque d’autonomie dans l’organisation du travail concerne 41 % des salariés en 2024 et recule de 3 points depuis 2016, avec une amélioration de 4 points chez les cadres et de 6 points chez les ouvriers peu qualifiés.
Le second indicateur va dans l’autre sens : le manque de marge de manœuvre dans la réalisation des tâches reste stable à 31 % en 2024, avec une dégradation de 4 points chez les cadres, de 3 points chez les professions intermédiaires et de 5 points chez les employés peu qualifiés.
Vos collaborateurs choisissent donc davantage comment organiser leur journée, alors qu’ils interviennent moins sur la façon de traiter chaque situation. La Dares relie explicitement cette dégradation au fait que les employés peu qualifiés sont plus nombreux qu’en 2016 à ne pas régler eux-mêmes les incidents.
Ce détail vaut une réunion de direction entière : un salarié qui ne peut plus traiter l’incident qu’il a sous les yeux doit le transmettre, attendre, relancer et expliquer au client ou au collègue pourquoi rien n’avance. Cette séquence coûte dès lors du temps, de la crédibilité et de l’envie, dans cet ordre.
La qualité empêchée, un obstacle mesurable
La même publication mesure ce que la Dares appelle la qualité empêchée. Un salarié sur quatre juge ne pas avoir assez de temps pour effectuer correctement son travail, et un sur trois pas assez de collaborateurs. Or cette proportion ne faiblit pas, malgré la hausse de la fierté du travail bien fait.
L’écart entre ces deux mesures décrit exactement la situation de vos équipes. Vos collaborateurs tiennent à la qualité de leur travail et rencontrent un obstacle matériel pour l’atteindre. Ainsi, un programme d’engagement agit sur le premier terme, déjà élevé, et laisse le second intact.
Les femmes sont plus exposées que les hommes à cette qualité empêchée. Elles sont 36 % à manquer de collègues contre 29 % des hommes, et 28 % à manquer de temps contre 20 % en 2024. Ce différentiel se lit ensuite dans vos enquêtes internes sous forme de scores de satisfaction plus bas, sans que la cause matérielle apparaisse jamais.
Voilà pourquoi nous insistons sur la nature de l’instrument. Un score global vous indique qu’un écart existe. En revanche, il ne vous dit jamais que cet écart tient à un effectif insuffisant sur une équipe précise, à une procédure qui interdit de régler un incident ou à un délai de validation devenu absurde.
Une conséquence budgétaire en découle, et elle est rarement anticipée. La levée d’un obstacle de ce type relève souvent de la masse salariale ou du système d’information, donc d’une ligne que la direction des ressources humaines ne contrôle pas. Dès lors, le plan d’action se rabat sur ce qu’elle contrôle, à savoir la formation et la communication interne.
Vous reconnaîtrez peut-être ce mécanisme dans votre propre organisation : le diagnostic désigne un problème d’effectifs ou d’outil, tandis que le plan d’action porte sur des ateliers. Ce décalage ne vient donc pas d’un manque de lucidité, mais d’un périmètre de décision trop étroit, et il se corrige en associant la direction financière au cadrage plutôt qu’à la restitution.
Retour d’expérience Glukoze
Le score montait, les départs aussi
Nous intervenions dans une entreprise de distribution de 2 300 salariés dont le baromètre interne affichait une progression de quatre points sur deux ans. La direction des ressources humaines s’en satisfaisait, et les directeurs régionaux signalaient pourtant des départs en hausse sur trois régions.
Nous avons repris les verbatims libres du baromètre, que personne n’avait exploités, et compté les thèmes. Sur 1 100 commentaires, la rémunération arrivait en quatrième position. Les trois premiers thèmes portaient sur des obstacles matériels : un outil de commande qui imposait une double saisie, un circuit de validation des remises qui prenait quatre jours, et des effectifs de remplacement non pourvus depuis un an.
Exploitez vos verbatims avant vos scores : un score agrège des opinions et masque les causes, tandis que quelques centaines de commentaires libres classés par thème désignent les obstacles précis dont la levée produit un effet mesurable en un trimestre.
L’argent, la stabilité et ce que vos collaborateurs font déjà
L’expérience du loto suppose que vos salariés travaillent uniquement sous contrainte économique. Les données d’emploi décrivent une réalité plus stable : une majorité de salariés reste longtemps dans la même entreprise, et les plus jeunes déclarent attendre du travail autre chose qu’un salaire.
Près de quatre salariés sur dix depuis plus de dix ans
La fiche « Statuts d’emploi » de l’Insee Références Emploi, chômage, revenus du travail, parue le 2 juillet 2026, donne l’ordre de grandeur que l’expérience du loto ignore. 38,5 % des salariés occupent leur emploi depuis dix ans ou plus, et cette proportion atteint 65,0 % chez les 50 ans ou plus.
La même fiche établit que 72,8 % des personnes en emploi sont en contrat à durée indéterminée ou fonctionnaires, et que le souhait de trouver un emploi plus stable concerne 8,0 % de l’ensemble des salariés. La part d’emplois à durée limitée recule depuis 2023.
Pourtant, ces chiffres ne décrivent pas une population prête à partir à la première occasion. Ils décrivent des parcours longs, dans lesquels une personne engage une part considérable de sa vie dans la même organisation. Le turnover sans fin que décrivent les présentations de séminaire concerne une minorité de situations et de secteurs.
Nous avons d’ailleurs montré ailleurs que l’engagement déclaré ne prouve pas ce que vos dispositifs lui font dire. Votre question de direction change alors de nature. Elle porte moins sur les moyens de retenir des gens qui partiraient que sur ce que vous obtenez de personnes qui restent longtemps et qui, pour une part d’entre elles, travaillent en dessous de ce qu’elles pourraient produire.
Les attentes déclarées par les jeunes diplômés
L’édition 2026 de l’étude du NewGen Talent Centre de l’EDHEC avec JobTeaser, menée du 1er août au 15 octobre 2025 auprès de 2 578 étudiants et jeunes diplômés de 18 à 30 ans, donne deux résultats utiles à vos arbitrages. La durée idéale du premier poste tombe à 17 mois, contre 20 mois en 2024.
Le second résultat contredit frontalement le récit du désamour pour le travail : 96 % des étudiants considèrent le travail comme un facteur d’épanouissement personnel, en hausse de trois points par rapport à 2024, pendant que la rémunération devient le premier critère d’attractivité.
Ces deux chiffres vont ensemble et vous donnent donc une indication opérationnelle. Vos jeunes recrues attendent beaucoup du travail et prévoient une première étape courte, ce qui déplace votre enjeu vers les dix-huit premiers mois plutôt que vers un discours de fidélisation à cinq ans.
Sur la rémunération elle-même, un repère : le salaire net moyen d’un salarié du secteur privé s’établit à 2 733 euros par mois en équivalent temps plein en 2024, en hausse de 0,8 % en euros constants selon l’Insee. Le salaire conditionne l’entrée dans la relation de travail sans produire à lui seul le dépassement que vous attendez.
Cette distinction se vérifie dans vos propres chiffres de recrutement. Un positionnement salarial sous le marché allonge votre délai de recrutement et fait monter vos refus d’offre, parce qu’il bloque l’entrée. En revanche, un positionnement au-dessus du marché ne raccourcit pas la durée de présence des personnes recrutées, puisque ce qui les retient ensuite relève des conditions dans lesquelles elles travaillent.
Nous vous suggérons donc de traiter ces deux questions séparément dans vos arbitrages budgétaires : la rémunération se pilote contre le marché, tandis que la durée de présence se pilote contre les obstacles internes. Les confondre revient à payer plus cher des personnes qui partiront pour les mêmes raisons.

Cette distinction entre le prix d’entrée et les conditions de présence structure l’ouvrage « Attirer et fidéliser les bonnes compétences », dont la sixième édition paraît aux éditions Afnor. Vous y trouverez le détail de la construction d’une marque d’employeur qui tient ses promesses au-delà du recrutement.
Relisez vos verbatims avant votre prochain plan d’action
Classez par thème les commentaires libres de votre dernière enquête, puis comparez le classement obtenu à votre plan d’action en cours. Pour aller plus loin, découvrez ce que votre enquête d’engagement des collaborateurs ne voit jamais et les angles morts qu’elle laisse derrière elle.
Programme de relance ou levée d’obstacles, le bon arbitrage
Trois familles de dispositifs se disputent votre budget : le programme d’engagement global, la levée d’obstacles ciblée et le renforcement de l’encadrement de proximité. Elles ne produisent ni le même délai d’effet ni la même trace dans vos indicateurs.
Trois dispositifs comparés sur quatre critères
Comparons-les sur ce qui décide réellement en réunion de direction, à savoir le délai avant un effet observable, le coût par salarié, la mesurabilité du résultat et la population réellement touchée.
| Dispositif | Délai avant effet observable | Mesurabilité du résultat | Population réellement touchée |
|---|---|---|---|
| Programme d’engagement global, communication et évènements | Douze à dix-huit mois, visible surtout dans le score déclaratif | Faible, puisque le score agrège des causes hétérogènes | L’ensemble des salariés, de façon superficielle |
| Levée d’obstacles ciblée, outils, effectifs et circuits de décision | Un à deux trimestres sur les équipes concernées | Forte, chaque obstacle levé ayant son propre indicateur | Les équipes identifiées, de façon profonde |
| Renforcement de l’encadrement de proximité | Six à douze mois selon la taille de la population d’encadrants | Moyenne, mesurable par le taux de départ et les verbatims | Les managers, puis leurs équipes par effet de relais |
Le premier dispositif reste le plus facile à présenter en réunion de direction, alors qu’il est le plus difficile à évaluer ensuite. Le deuxième produit des résultats rapides et visibles sur un périmètre restreint, ce qui le rend peu spectaculaire. Le troisième s’impose en revanche quand vos verbatims désignent des situations managériales plutôt que des obstacles matériels.
Les signaux qui désignent votre point de départ
Trois relevés suffisent à trancher, et ils se font avec les données que vous détenez déjà : le premier est le classement thématique de vos verbatims libres, que presque personne n’exploite. Le deuxième est la dispersion de vos scores entre équipes, puisqu’elle désigne des périmètres précis plutôt que l’organisation entière.
Le troisième relevé porte sur les délais internes. Mesurez le temps moyen entre une demande de validation et sa réponse, sur trois circuits que vos équipes empruntent chaque semaine. Ce chiffre traduit en effet en jours ouvrés la marge de manœuvre que la Dares mesure en points de pourcentage.
Une organisation dont les verbatims désignent des outils et des effectifs gagne à financer la levée d’obstacles. Une organisation dont les verbatims désignent des comportements d’encadrement gagne à investir sur ses managers. Une organisation dont les scores sont homogènes et dont les verbatims sont pauvres manque surtout d’un instrument de mesure utilisable.
Les entreprises du palmarès Great Place to Work 2025, parmi lesquelles DHL Express, Extia et Hilton, construisent des dispositifs datés plutôt que des campagnes. Deux exemples récents donnent la mesure de ce que produit un dispositif réel.
Deloitte a diffusé auprès de ses managers un jeu de cartes intitulé « We Manage », qui synthétise huit compétences managériales, avec plus de 850 exemplaires distribués et 500 managers formés. De son côté, Crédit Agricole Personal Finance & Mobility a lancé en mai 2024 le programme « Tremplin », un parcours de cinq mois avec des parrains et marraines internes, destiné aux collaborateurs dont les métiers sont en décroissance.
Ces deux dispositifs partagent un trait qui mérite votre attention : ils produisent un objet ou un parcours daté, donc comptable. Vous pouvez dénombrer des exemplaires distribués et des parcours achevés, alors qu’une prise de conscience ne se compte pas.
Un point d’attention sur le troisième dispositif, parce qu’il est souvent mal calibré. Renforcer l’encadrement de proximité produit un effet durable à condition que vos managers disposent ensuite d’une marge réelle sur les obstacles que leurs équipes signalent. Dans le cas contraire, vous formez des encadrants à écouter des difficultés qu’ils n’ont pas le pouvoir de traiter, ce qui dégrade leur position plutôt qu’elle ne la renforce.
Nous avons détaillé ce mécanisme dans notre article sur la dépendance de vos équipes au manager de proximité, puisque la même règle s’applique : une responsabilité confiée sans pouvoir correspondant se retourne contre celui qui la reçoit.
Les trois mesures à installer à la place de votre score global
Un score unique vous indique qu’un problème existe quelque part. Trois mesures plus modestes vous indiquent où il se situe et si votre action produit un effet. Elles se construisent avec les données de votre système d’information et de votre enquête annuelle.
Trois indicateurs dans l’ordre de mise en place
Installez-les dans cet ordre, parce que chacun alimente le suivant.
- Le classement thématique de vos verbatims, refait à chaque vague et comparé d’une vague à l’autre. Il demande une demi-journée de travail et il désigne vos trois obstacles dominants.
- Le délai médian de traitement sur trois circuits internes que vos équipes empruntent chaque semaine, par exemple une validation de dépense, une demande de remplacement et une correction de commande.
- L’écart de score entre vos cinq meilleures équipes et vos cinq moins bonnes, suivi dans le temps. Cet écart se réduit quand votre action porte, pendant qu’un score moyen reste immobile.
Le deuxième indicateur est celui que vos dirigeants contestent le plus souvent, parce qu’il met en cause des circuits qu’ils ont eux-mêmes installés. Il est pourtant le seul des trois à produire un effet mesurable en un trimestre, puisqu’un délai de validation se raccourcit par décision, sans programme ni budget de formation.
Ce que la motivation au travail vous coûte de renoncements
Ce déplacement vous impose trois renoncements, et nous préférons les nommer. Vous renoncez d’abord au récit de crise qui justifiait votre budget, puisque les statistiques publiques décrivent une population fière de son travail et plutôt stable dans son emploi.
Vous renoncez ensuite à la comparaison internationale, flatteuse ou alarmante selon l’année. Et vous renoncez surtout à la visibilité : lever un obstacle de circuit interne ne se raconte pas en séminaire, alors qu’un programme d’engagement produit des photographies, une marque interne et une ligne dans le rapport annuel.
En face de ces trois renoncements, vous gagnez des effets observables en un trimestre et une relation différente avec vos équipes. Un salarié constate immédiatement qu’un circuit de validation est passé de quatre jours à un, si bien qu’aucune communication n’est nécessaire pour qu’il s’en aperçoive.
Nous observons chez nos clients que cette preuve matérielle produit davantage d’adhésion qu’une campagne interne, parce qu’elle démontre que quelqu’un a écouté et décidé. Le reste suit, y compris les scores de votre baromètre.
Reste une objection que vos dirigeants formuleront, et elle est légitime. Trois indicateurs locaux se pilotent moins facilement qu’un score unique, surtout dans un groupe multisite où la direction générale veut une vision consolidée. Nous y répondons par la consolidation du troisième indicateur, l’écart entre les meilleures et les moins bonnes équipes, qui se compare d’une filiale à l’autre tout en désignant des périmètres précis.
Cet écart présente par ailleurs un avantage politique que le score moyen ne vous donnera jamais. Il rend visible qu’une partie de votre organisation réussit déjà ce que l’autre partie manque, donc il déplace la conversation des causes externes vers les pratiques internes que vous pouvez observer et transposer.
Comment nous vous aidons à relire vos indicateurs d’engagement
Nos interventions sur ce sujet commencent par vos données existantes plutôt que par un nouveau questionnaire. La plupart des organisations détiennent déjà la matière qui désigne leurs obstacles et n’ont jamais pris le temps de l’exploiter.
Un atelier de relecture de votre dernière enquête
Cet atelier d’une demi-journée réunit votre direction des ressources humaines et vos directeurs opérationnels. Il part de vos verbatims et de vos scores par équipe, produit le classement thématique de vos obstacles et désigne les trois périmètres sur lesquels une action mesurable est possible dans le trimestre. Vous en sortez avec un plan d’action chiffré plutôt qu’avec une restitution.
Une conférence pour vos journées managériales
Cette conférence de soixante à quatre-vingt-dix minutes s’adresse aux journées managériales et aux séminaires de direction. Elle expose la différence entre les instruments de mesure, les trois mouvements que les enquêtes publiques confirment depuis 2016 et la seule dimension qui se dégrade. Elle se tient en présentiel ou à distance.
Nos parcours managériaux et nos communautés de managers prolongent ce travail dans la durée, pour les organisations qui veulent outiller leurs encadrants sur la levée d’obstacles plutôt que sur l’animation.
La motivation au travail tient à vos obstacles internes
L’expérience du loto pose une question dont la réponse était écrite d’avance. Une autre question vous apprendra davantage sur vos équipes : qu’est-ce que vos collaborateurs cesseraient de faire lundi matin, parce que personne n’a jamais retiré l’obstacle qui les oblige à le faire ?
Cette question se pose équipe par équipe et elle produit, de ce fait, des réponses immédiatement exploitables. Elle a par ailleurs un avantage que votre baromètre n’aura jamais : ceux qui y répondent voient le résultat de leur réponse dans le trimestre. La motivation au travail se construit dans cette boucle courte entre une difficulté nommée et un obstacle retiré.
Questions fréquentes sur la motivation au travail
La France est-elle vraiment dernière d’Europe en engagement ?
Le classement de 8 % vient d’un sondage d’opinion international portant sur environ mille adultes par pays. Les enquêtes publiques françaises et européennes, construites sur des échantillons bien plus larges, mesurent une fierté du travail et une reconnaissance en hausse depuis 2016. Les deux instruments ne mesurent pas le même objet.
Faut-il arrêter les enquêtes d’engagement ?
Gardez l’enquête et changez l’usage que vous en faites. Le score global sert d’alerte, les commentaires libres désignent les causes et la dispersion entre équipes désigne les périmètres d’action. Un plan d’action construit sur le seul score moyen traite une moyenne qui n’existe dans aucune équipe.
Le salaire suffit-il à entretenir la motivation au travail ?
Le salaire conditionne l’entrée dans la relation de travail et il devient le premier critère d’attractivité chez les jeunes diplômés. Il ne produit pas à lui seul le dépassement attendu, puisqu’un collaborateur rémunéré au niveau du marché mais empêché de bien faire son travail reste empêché.
Que mesurer pour piloter l’action plutôt que l’opinion ?
Trois mesures suffisent : le classement thématique de vos verbatims, le délai médian de traitement sur trois circuits internes et l’écart de score entre vos meilleures et vos moins bonnes équipes. Ces trois indicateurs bougent dans le trimestre et désignent une décision à prendre.
Les jeunes diplômés restent-ils moins longtemps ?
L’étude 2026 du NewGen Talent Centre de l’EDHEC avec JobTeaser situe la durée idéale du premier poste à 17 mois, contre 20 mois en 2024. Dans le même temps, 96 % d’entre eux voient le travail comme un facteur d’épanouissement personnel. L’enjeu se concentre donc sur les dix-huit premiers mois.


