développer l'autonomie

Un salarié sur deux ne choisit pas quand le travail arrive

En mars, une direction industrielle décide de donner plus d’autonomie à ses équipes de maintenance : objectifs réécrits en résultats attendus, tableau de bord partagé et consigne explicite aux chefs d’équipe de cesser de valider les interventions courantes. En juin, le nombre de demandes de validation reçues par ces chefs d’équipe était identique à celui de février.

Rien dans cette décision n’avait touché la manière dont le travail arrivait. Les appels des sites continuaient de tomber en direct sur les techniciens, qui devaient répondre dans l’heure, donc personne ne pouvait choisir l’ordre de ses tâches. L’autonomie au travail se joue dans le circuit d’arrivée des demandes avant de se jouer dans la permission de l’encadrant, et vous arbitrez donc sur un délai de réponse plutôt que sur un degré de confiance.

Ce que les programmes traitent Ce qui contraint réellement Le déplacement qui débloque
La permission de l’encadrantLes démarches d’autonomie au travail portent sur la confiance accordée, la clarté des objectifs, l’accès aux outils et la culture d’équipe. Elles agissent sur ce que l’encadrant autorise. L’arrivée du travailUne demande extérieure exigeant une réponse immédiate retire le choix de l’ordre et du moment, quelle que soit la permission accordée. La contrainte vient du circuit plutôt que de la relation hiérarchique. Le tampon entre la demande et la personneUne file d’attente, un délai de réponse affiché et un point d’entrée unique restituent le choix de l’ordre. Le prix se paie en réactivité promise au client ou au demandeur interne.

Ce que l’autonomie au travail désigne dans la statistique publique

L’autonomie au travail se mesure en France depuis les années quatre-vingt, et la mesure ne porte pas sur un sentiment. Elle porte sur des facteurs précis : la possibilité de choisir l’ordre de ses tâches, d’intervenir sur la quantité de travail demandée, d’interrompre son travail ou de régler soi-même un incident. Cette définition vous donne un point de départ plus solide qu’un baromètre interne.

Technicien consultant une liste d interventions sur un terminal en atelier

Quatre salariés sur dix déclarent un manque d’autonomie

La Dares, service statistique du ministère du Travail, a publié en septembre 2026 les résultats de l’enquête Conditions de travail 2024-2025. Elle établit que le manque d’autonomie dans l’organisation du travail concerne 41 % des salariés en 2024, en recul de trois points depuis 2016. Le recul atteint six points chez les ouvriers peu qualifiés et quatre points chez les cadres.

Une catégorie fait exception, et c’est celle dont les démarches d’autonomie parlent le moins : les employés peu qualifiés, dont le manque d’autonomie organisationnelle augmente de quatre points, en lien notamment avec une moindre possibilité d’intervenir sur la quantité de travail demandée ou d’interrompre son travail. Votre programme cible pourtant d’abord les cadres et les professions intermédiaires.

Retenez la formulation de la Dares, parce qu’elle vous indique où agir : intervenir sur la quantité et interrompre son travail. Ces deux facteurs dépendent de la manière dont les demandes entrent dans la journée plutôt que d’une délégation accordée. Un encadrant peut accorder toute la confiance du monde sans rendre à son équipe la possibilité d’interrompre.

Pourquoi un baromètre interne manque ce que la mesure publique attrape

La plupart des entreprises mesurent l’autonomie par une question de ressenti, du type « disposez-vous de la latitude nécessaire pour organiser votre travail ». Cette formulation agrège la permission reçue et la contrainte subie, donc elle ne distingue pas un encadrant trop présent d’un flux de demandes non régulé. Vos deux leviers de correction sont pourtant opposés.

Reprenez donc les facteurs de la Dares et posez-les séparément à vos équipes. Demandez si la personne peut choisir l’ordre de ses tâches, si elle peut refuser ou décaler une demande, si elle peut interrompre son travail sans autorisation et si elle peut régler seule un incident courant. Quatre réponses distinctes valent mieux qu’une note sur dix.

Chez Glukoze, nous voyons cette décomposition retourner le diagnostic dans un cas sur deux. La direction attendait un problème de posture managériale et découvrait un problème de flux. Le budget prévu pour la formation à la délégation servait alors à installer un point d’entrée unique des demandes, pour un coût bien moindre.

Posez ces quatre questions au même moment que votre enquête annuelle, afin de disposer d’une série comparable d’une année sur l’autre. Gardez la formulation de la Dares telle quelle, puisqu’elle vous permet de situer vos résultats par rapport au niveau national. Un service dont le manque d’autonomie dépasse 41 % se compare alors à une référence publique plutôt qu’à l’année précédente.

La moitié du travail arrive de l’extérieur et exige une réponse immédiate

Un chiffre résume la contrainte que les démarches d’autonomie ne touchent pas. La statistique publique française suit depuis quarante ans la part de salariés dont le rythme est imposé par une demande extérieure réclamant une réponse immédiate, et cette part a presque doublé. Elle décrit la condition dans laquelle vos équipes travaillent aujourd’hui.

De 28 % en 1984 à 50 % aujourd’hui

La Dares relève que 50 % des salariés subissent un rythme imposé par des demandes extérieures exigeant une réponse immédiate, contre 28 % en 1984. La publication précise que le niveau d’intensité du travail reste supérieur à celui des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, malgré une amélioration récente.

Cette amélioration mérite d’être dite, puisqu’elle est inédite. La part de salariés exposés à au moins trois contraintes de rythme parmi huit passe de 43 % à 38 % entre 2016 et 2024, première baisse depuis que la mesure existe. Les contraintes liées à une demande extérieure immédiate reculent même de six à douze points chez les employés qualifiés, les professions intermédiaires et les cadres.

Le niveau reste néanmoins à un salarié sur deux, et c’est le niveau qui compte pour votre décision. Une demande qui exige une réponse immédiate consomme le droit de choisir : la personne traite ce qui arrive, dans l’ordre où cela arrive. Votre démarche d’autonomie entre alors en concurrence directe avec un engagement commercial que personne n’a remis sur la table.

Notez que le reflux observé depuis 2016 concerne surtout les catégories les mieux dotées. Les employés qualifiés, les professions intermédiaires et les cadres gagnent six à douze points sur cette contrainte, tandis que les employés peu qualifiés n’en bénéficient pas. L’écart d’autonomie entre le haut et le bas de vos équipes s’est donc creusé pendant que la moyenne s’améliorait.

L’engagement de réactivité, décision commerciale avant d’être un sujet de management

Regardez où se prend la décision qui produit ce rythme. Elle se prend au moment de la signature d’un contrat, dans une clause de délai d’intervention, ou dans une promesse interne du type « réponse dans la journée ». Personne dans la chaîne ne l’a formulée comme une décision d’organisation du travail, et elle en est une.

Votre direction commerciale vend donc, en toute bonne foi, la latitude de vos équipes. Un délai de réponse de deux heures sur un flux non régulé supprime toute possibilité de regrouper des tâches, puisque chaque demande doit être traitée avant la suivante. Un délai de vingt-quatre heures restitue cette possibilité et autorise un traitement par lots.

L’arbitrage se tranche en direction générale, avec un chiffrage des deux côtés. D’un côté, la valeur commerciale de la réactivité promise. De l’autre, le temps que vos équipes consacrent au changement de contexte, et le nombre de demandes qu’elles pourraient regrouper. Nous avons décrit une mécanique voisine au poste d’exécution dans notre article sur la marge d’arbitrage réellement ouverte au poste.

L’interruption, l’objet de gestion que personne ne budgète

Entre la demande qui arrive et le travail commencé, il y a un geste que personne ne compte : abandonner la tâche en cours. Ce geste a un coût de reprise, il se répète plusieurs fois par jour et il n’apparaît dans aucun tableau de bord. La statistique publique, elle, le mesure.

Sept employés qualifiés sur dix abandonnent fréquemment une tâche

La même enquête Conditions de travail établit qu’en 2024, 70 % des employés qualifiés déclarent devoir fréquemment abandonner une tâche pour en effectuer une autre non prévue, soit trois points de moins qu’en 2016. Ce chiffre mesure exactement ce dont vos équipes se plaignent quand elles disent manquer de temps.

La répartition de ce phénomène contredit une idée reçue sur l’autonomie. Les employés peu qualifiés voient leur situation se dégrader sur plusieurs facteurs : leur dépendance vis-à-vis des collègues augmente de six points, la nécessité de se dépêcher de trois points et la sollicitation pour une quantité de travail excessive de quatre points. L’amélioration générale des conditions de travail les a laissés de côté.

Votre démarche d’autonomie gagne donc à commencer là plutôt que chez les cadres. Les populations qui subissent le plus d’interruptions sont celles dont le travail est le plus prescrit, donc celles pour lesquelles un tampon de flux produit l’effet le plus visible. Vous obtiendrez un résultat mesurable en quelques semaines, là où un travail sur la posture des encadrants se mesure en trimestres.

Compter les interruptions plutôt que les mesurer au ressenti

Le comptage se fait sans outil nouveau, puisque vos systèmes gardent la trace des demandes. Relevez pendant deux semaines, sur une équipe, le nombre de sollicitations entrantes par personne et par jour, leur canal d’arrivée et le délai de réponse réellement tenu. Ajoutez une colonne : la demande aurait-elle pu attendre la fin de la journée.

Cette dernière colonne porte tout le résultat. Nous relevons habituellement qu’une majorité de demandes traitées en urgence aurait pu attendre, et que la personne les traite immédiatement parce qu’aucune règle ne lui dit l’inverse. L’urgence vient alors de l’absence de règle de tri plutôt que de la demande elle-même.

Ce relevé produit un effet secondaire utile : il désigne les émetteurs. Trois ou quatre services concentrent en général la majorité des sollicitations urgentes, et le problème se traite alors avec leurs responsables plutôt qu’avec les personnes sollicitées. La conversation change de nature dès que les volumes sont connus.

Prévoyez une difficulté de mesure, puisqu’elle se présente toujours. Les sollicitations verbales et celles qui passent par la messagerie instantanée échappent à vos systèmes, et elles représentent souvent la moitié du volume. Faites-les compter à la main par les intéressés pendant quinze jours, avec une simple marque sur une feuille, plutôt que de renoncer à les mesurer.

Pourquoi le télétravail n’a pas produit l’autonomie attendue

Le travail à distance passe souvent pour une preuve d’autonomie accordée. Les données publiques montrent une réalité plus étroite : le télétravail s’est installé, il reste réservé à une partie des postes et il laisse intacte la question de l’arrivée des demandes. Votre levier d’autonomie se trouve ailleurs.

Un salarié du privé sur cinq, pour 1,9 jour par semaine

L’Insee et la Dares ont publié conjointement une mesure du phénomène dans Insee Analyses n° 105. Au premier semestre 2024, 22 % des salariés du privé, y compris les entreprises publiques, sont en télétravail, avec en moyenne 1,9 jour hebdomadaire de travail à distance. La pratique est donc hybride et non généralisée.

L’écart entre catégories tient d’abord à la nature des postes. La même publication relève que 21 % des postes des employés sont télétravaillables, contre 80 % de ceux des cadres. Les employés dont le poste le permet sont par ailleurs plus souvent privés de télétravail par décision de l’employeur, à 13 % contre moins de 3 % pour les cadres.

La taille de l’entreprise joue aussi : la part de salariés télétravaillant au moins une fois par mois atteint 18 % dans les petites et moyennes entreprises hors microentreprises, et 34 % dans les grandes entreprises. Si votre population cible est employée et votre structure moyenne, le télétravail ne constitue donc pas un levier d’autonomie disponible.

Travailler ailleurs ne change pas qui déclenche le travail

Un salarié en télétravail reçoit les mêmes sollicitations, par les mêmes canaux, avec les mêmes délais attendus. Le lieu change, le circuit demeure. Les entreprises qui ont gagné de l’autonomie en passant au travail à distance sont celles qui ont profité du changement pour réécrire leurs règles de disponibilité. Déplacer les postes sans toucher à ces règles ne produit aucun gain.

Cette réécriture reste rare dans les textes qui engagent. L’Insee relève qu’en 2022, 4 % des accords d’entreprise signés abordent la thématique du télétravail, contre moins de 1 % en 2017. La pratique s’est donc installée largement en dehors de la négociation collective, donc sans règle opposable sur les délais de réponse.

Vous disposez pourtant d’un instrument simple : une plage de disponibilité commune et des heures sans sollicitation, inscrites dans la charte ou l’accord. Nous détaillons les paliers de ce raisonnement dans notre article sur les niveaux d’autonomie en travail à distance. Sans règle écrite, chacun arbitre pour lui-même et le plus réactif fixe la norme pour tous.

Retour d’expérience Glukoze

Quatre-vingt-onze sollicitations par jour pour onze personnes

Nous avons accompagné le service administration des ventes d’une entreprise de négoce de trois cent quatre-vingts personnes, onze collaborateurs, dont la direction voulait lancer une démarche d’autonomisation après deux départs. Le diagnostic prévu portait sur la délégation et sur la posture de la responsable de service.

Nous avons d’abord compté les sollicitations entrantes pendant deux semaines. Le relevé a donné quatre-vingt-onze demandes par jour pour onze personnes, arrivant par quatre canaux parallèles, dont la messagerie instantanée et le téléphone direct. Sur ces quatre-vingt-onze demandes, dix-sept provenaient de deux commerciaux, et soixante-quatre portaient sur une information disponible dans le logiciel de gestion que les demandeurs ne savaient pas consulter. Aucun délai de réponse n’était écrit nulle part.

Comptez les sollicitations entrantes et leurs émetteurs avant d’ouvrir un chantier de délégation : quand la majorité des demandes porte sur une information déjà disponible, l’autonomie se gagne en formant les demandeurs plutôt qu’en travaillant la posture de l’encadrante.

Installer un tampon entre la demande et la personne

Un tampon est un dispositif qui reçoit la demande à la place de la personne, puis la restitue selon une règle connue. Il rend à chacun le choix de l’ordre de ses tâches, et il coûte du délai de réponse. Trois instruments suffisent, et ils se mettent en place en quelques semaines.

Les trois instruments, dans l’ordre d’installation

Installez-les dans cet ordre, puisque chacun rend le suivant possible :

  1. Un point d’entrée unique par équipe, qui remplace les canaux parallèles. Toute demande passe par lui, et une demande arrivée ailleurs y est renvoyée sans être traitée.
  2. Un délai de réponse affiché par type de demande, écrit et communiqué aux émetteurs. Deux ou trois niveaux suffisent, du type une heure, la journée ou quarante-huit heures.
  3. Une règle de tri appliquée à l’entrée par une personne désignée ou par le système, qui répartit les demandes entre ces niveaux. Sans elle, chaque émetteur déclare sa demande urgente.

Le deuxième instrument est celui qui se négocie le plus mal, et il mérite votre attention personnelle. Afficher un délai de quarante-huit heures revient à retirer une promesse implicite que vos équipes tenaient gratuitement. Vos demandeurs internes le ressentiront comme une dégradation de service, et ils auront raison sur ce point précis.

Ce que le tampon vous coûte et ce qu’il faut accepter

Le tampon se paie en réactivité, et le prix se chiffre avant l’installation. Votre direction générale doit accepter les conséquences suivantes, puisqu’elles arriveront toutes :

  • Un délai de réponse allongé sur une partie des demandes, visible par les clients ou par les services demandeurs.
  • Des remontées des émetteurs les plus habitués à obtenir une réponse immédiate, souvent les plus proches de la direction.
  • Une période de deux à trois semaines où les deux circuits coexistent, pendant laquelle le bénéfice reste invisible.
  • Un travail de pédagogie auprès des demandeurs, qui doivent apprendre à qualifier eux-mêmes l’urgence de leur demande.
  • Une révision des engagements contractuels, quand un délai vendu contredit le délai affiché en interne.

La dernière conséquence est la plus structurante, et elle explique pourquoi la décision ne se prend pas au niveau du service. Un délai vendu à deux heures dans un contrat ne se renégocie pas par une charte interne. Tant que ce délai tient, aucune démarche d’autonomie ne rendra à l’équipe concernée la possibilité de choisir son ordre de travail.

Commencez donc par une équipe dont aucun engagement contractuel ne fixe le délai, afin d’obtenir un résultat avant d’ouvrir le dossier commercial. Un service support interne convient parfaitement, puisque ses délais relèvent d’habitudes plutôt que de clauses contractuelles. Vous disposerez alors d’un précédent chiffré pour la discussion qui suivra avec votre direction commerciale.

Votre équipe peut-elle choisir l’ordre de ses tâches ?

Comptez les sollicitations entrantes et leurs émetteurs avant d’ouvrir un chantier de délégation. Découvrez ensuite comment le critère d’acceptation écrit fait tomber le contrôle sur le travail que vous déléguez réellement.

Formation à la délégation, outil collaboratif ou tampon de flux : comment arbitrer

Trois réponses se vendent aujourd’hui aux directions qui veulent développer l’autonomie, et elles ne traitent pas la même cause. Comparez-les sur la cause qu’elles corrigent, sur le délai avant effet visible et sur ce qu’elles exigent de la direction générale. Le prix d’achat varie moins que l’engagement demandé.

Le tableau de comparaison des trois réponses

RéponseCause qu’elle corrigeDélai avant effet visibleEngagement exigé de la direction
Formation à la délégationUn encadrant qui retient des décisions qu’il pourrait confierDeux à trois trimestresUn budget et un suivi des pratiques
Outil collaboratif et base de ressourcesUne information introuvable qui déclenche des sollicitations évitablesQuelques semainesUn administrateur identifié et une mise à jour tenue
Tampon de fluxUne arrivée de demandes qui retire le choix de l’ordre des tâchesTrois à six semainesUn délai de réponse dégradé et assumé devant les clients

Le test qui désigne la bonne réponse

Posez une question unique à une équipe : combien de demandes avez-vous traitées hier qui auraient pu attendre la fin de la journée. Une réponse basse désigne un problème de délégation, donc la première colonne. Une réponse haute portant sur des informations déjà disponibles désigne la deuxième. Une réponse haute portant sur des demandes légitimes désigne la troisième.

Les trois réponses se combinent, et l’ordre compte. Un tampon installé avant la base de ressources déplace simplement la file d’attente, puisque les demandes évitables continuent d’arriver. Une formation à la délégation conduite avant le tampon enseigne un geste que le flux empêchera, et vos encadrants en tireront la conclusion que la démarche ne tient pas.

Ajoutez un critère de faisabilité à votre arbitrage : la disponibilité de la personne qui tiendra la règle de tri. Un tampon sans tri devient une boîte où les demandes s’accumulent, et vos émetteurs reviennent alors par les canaux parallèles que vous veniez de fermer. Nommez donc cette personne avant d’annoncer le dispositif.

Nous commençons donc presque toujours par le comptage, puis par la base de ressources, puis par le tampon, et nous gardons la formation pour la fin. Cet ordre déçoit souvent, puisqu’il reporte le travail le plus visible. Il produit en revanche un résultat que vos encadrants constatent avant d’être formés, ce qui change leur disposition à l’être.

Un dernier point sépare ces trois réponses, et il concerne la trace qu’elles laissent. Une formation se termine et son effet se dilue, faute d’un objet qui la rappelle. Une base de ressources vieillit dès que personne ne la tient. Un délai de réponse affiché, en revanche, reste visible par tous et se conteste publiquement, donc il survit au départ de celui qui l’a installé.

Cette durabilité explique notre préférence, et elle a une contrepartie. Un délai affiché engage votre entreprise devant ses demandeurs, donc il doit être tenu. Mieux vaut afficher quarante-huit heures et répondre en quarante-huit heures que d’afficher la journée et décevoir une fois sur trois.

Ce que votre encadrement absorbe quand le tampon manque

Quand aucun tampon ne régule le flux, quelqu’un l’absorbe, et ce quelqu’un est l’encadrant de proximité. Il reçoit les demandes que son équipe ne peut plus traiter, il arbitre les priorités à la minute et il allonge sa propre journée. Cette absorption a un coût que la statistique publique documente.

Trois cent six heures de plus par an

L’Insee mesure dans son Insee Première n° 1920 qu’en 2021, 13 % des salariés ont pour tâche principale de superviser le travail d’autres salariés. Ces encadrants travaillent 1 773 heures par an, soit 306 heures de plus que les salariés sans tâche d’encadrement, et 35 % d’entre eux travaillent le soir au moins une fois sur quatre semaines contre 22 % des autres salariés.

Cette population comprend une moitié de non-cadres, puisque la même publication relève 50 % de cadres, 33 % de professions intermédiaires et 16 % d’ouvriers ou d’employés. Vos chefs d’équipe absorbent donc le flux sans disposer de la latitude qui accompagne le statut cadre. Ils tiennent la régulation à la main, faute de règle écrite.

Un tampon de flux leur retire précisément cette charge. La règle de tri remplace l’arbitrage permanent, donc l’encadrant cesse d’être le point de passage de chaque urgence. Vous récupérez ainsi des heures d’encadrement pour le travail que vous attendez d’eux, et que le flux leur interdisait.

La fonction d’encadrement perd ses candidats pour cette raison

L’Apec, association paritaire qui suit l’emploi des cadres, établit dans son étude « Cadres et management » qu’entre 2022 et 2025, la part de cadres souhaitant accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % à 34 %, avec un recul de seize points chez les moins de trente-cinq ans.

Le motif principal est matériel : 24 % des cadres se disent rebutés par la charge de travail des managers, et près de six managers sur dix disent parfois ressentir un sentiment de stress intense dans leur travail. La régulation manuelle du flux constitue une part importante de cette charge.

Votre démarche d’autonomie produit donc un second bénéfice, et il porte sur votre vivier. Un poste d’encadrement débarrassé de l’arbitrage permanent redevient tenable, donc candidatable. Nous avons documenté le rapport entre les postes réellement ouvrables et les attentes créées dans notre article sur les postes à offrir avant les noms à retenir.

Mesurez ce bénéfice avec un indicateur que vous détenez déjà : le nombre de candidats internes par poste d’encadrement ouvert. Comparez-le avant et après l’installation du tampon, sur les services concernés. Deux cycles de mobilité suffisent à voir si le poste a retrouvé des candidats, et ce chiffre parle à votre direction générale plus fortement qu’un score de satisfaction.

Le même raisonnement vaut pour les aménagements d’horaires que vous envisagez. Notre analyse de ce qui fait tenir une semaine de 4 jours montre qu’une réduction de durée sans révision du volume attendu se rattrape en soirée.

L’autonomie que vous accordez dépend aussi de la couche de votre organisation sur laquelle vous agissez. Nous montrons, chiffres publics à l’appui, pourquoi vos budgets d’environnement de travail traitent rarement la composante qui porte le problème.

Comment nous pouvons vous aider à rendre l’autonomie exerçable

Le comptage des sollicitations avant la démarche

Nous conduisons le relevé des sollicitations entrantes sur une ou deux équipes, par canal et par émetteur, et nous vous remettons la part de demandes qui auraient pu attendre. Ce relevé précède toute proposition de parcours. Il arrive qu’il nous conduise à vous déconseiller la formation que vous nous demandiez et à vous orienter vers une règle de tri.

Des parcours pour l’encadrement qui tiendra la règle

Une fois le tampon installé, vos encadrants doivent tenir la règle face aux émetteurs qui la contestent, et ce travail se prépare. Nos parcours managériaux traitent ce refus argumenté comme une compétence à part entière, avec les cas remontés de votre propre relevé. Notre communauté de managers permet ensuite aux encadrants de comparer leurs règles de tri entre services, ce qui réduit les contournements d’un service à l’autre.

Votre autonomie au travail se décide dans le circuit des demandes

Comptez les sollicitations entrantes, identifiez leurs émetteurs, installez un point d’entrée unique et affichez un délai de réponse par type de demande. L’autonomie au travail devient alors exerçable, parce que vos équipes retrouvent le choix de l’ordre de leurs tâches.

Questions fréquentes sur l’autonomie au travail

Comment mesurer l’autonomie au travail dans une entreprise ?

La statistique publique française la mesure par des facteurs précis : choisir l’ordre de ses tâches, intervenir sur la quantité demandée, interrompre son travail et régler soi-même un incident. La Dares relève un manque d’autonomie chez 41 % des salariés en 2024, en recul de trois points depuis 2016.

Pourquoi une démarche d’autonomie ne change-t-elle rien parfois ?

Parce qu’elle agit sur la permission de l’encadrant alors que la contrainte vient du circuit d’arrivée des demandes. La Dares établit que 50 % des salariés subissent un rythme imposé par des demandes extérieures exigeant une réponse immédiate, contre 28 % en 1984.

Qu’est-ce qu’un tampon de flux et combien coûte-t-il ?

Un tampon reçoit les demandes à la place de la personne et les restitue selon une règle connue : point d’entrée unique, délai de réponse affiché et règle de tri. Son coût se paie en réactivité promise, et la décision appartient à la direction générale plutôt qu’au service.

Le télétravail développe-t-il l’autonomie au travail ?

Il change le lieu sans changer le circuit des sollicitations. L’Insee mesure 22 % de salariés du privé en télétravail au premier semestre 2024, pour 1,9 jour par semaine, et seulement 4 % des accords d’entreprise signés en 2022 abordaient le sujet, donc sans règle écrite sur les délais.

Par quelle population commencer une démarche d’autonomie ?

Par celle dont le travail est le plus prescrit. Les employés peu qualifiés sont la seule catégorie dont le manque d’autonomie augmente entre 2016 et 2024, de quatre points selon la Dares, et 70 % des employés qualifiés abandonnent fréquemment une tâche pour une tâche non prévue.